Sœur Monique Pelissier
Une vie toute donnée,
devenue « lisible » pour l’autre croyant
Le 2 septembre 2026 s’est éteinte à Pau en France sœur Monique Pelissier. Elle avait consacré 57 années de sa vie à l’éducation, au Maroc, et à notre Eglise de Rabat. Samedi 10 octobre 2026, une quarantaine de personnes qui l’avaient bien connue à un moment ou un autre de son parcours – essentiellement des Marocaines et des Marocains – sont venus lui rendre un dernier hommage à la chapelle de la maison diocésaine Notre Dame de la Paix. Un temps très émouvant qui a permis à tous de rendre grâce à Dieu pour le don de cette femme à la fois discrète et infatigablement disponible, professionnelle et humaine, souriante et lumineuse qui disait quelques jours avant de mourir que sa mission avait consisté à « semer du bonheur », rappelant à temps et à contre-temps que « la plus belle des intelligences, c’est celle du cœur ».

Mais revenons sur le parcours de cette femme étonnante et sur ce que la douzaine de personnes qui l’avaient connue ont pu en partager. Monique est née en 1931 et elle entre chez les sœurs dominicaines à l’âge de vingt ans. Après dix années au service d’écoles de sa congrégation en France et à Rome, elle est envoyée à l’Institut Saint Dominique de Casablanca. C’est dans ce pays qu’elle restera jusqu’en 2025, à l’exception de deux années de formation à l’Institut supérieur de pédagogie de Paris. Elle est appelée en 1969 par l’évêque pour l’animation de la Maison des lycéennes de Rabat : un lieu d’accueil et de soutien offert aux jeunes filles fréquentant le lycée Lalla Aïcha mais venant des zones rurales et n’ayant pas de famille dans la capitale. Là, elle devient « mère » et « grande sœur », sachant faire l’impossible pour trouver de l’argent et loger ces jeunes filles, leur ouvrant ainsi un avenir. C’est là qu’elle découvre la société marocaine, au fil des rencontres les plus simples.
Puis, au début des années soixante-dix, on lui demande d’intervenir comme conseillère pédagogique au sein des écoles catholiques (l’actuel ECAM). Elle y mettra durant de nombreuses années ses capacités professionnelles en psychopédagogie au service non seulement des enfants, mais aussi des enseignants et des parents. C’était une dominicaine et elle savait l’importance de l’expertise pour aider l’autre à grandir. Mais, notent celles qui l’ont connue alors, ce qui touchait le plus c’était cette foi qu’elle avait en ce que chaque enfant portait : une foi qui permettait à celui-ci de croire en lui-même et de se développer. Au fond, Sr Monique n’était pas seulement une professionnelle de l’enseignement : l’enseignement, c’était sa passion… et sa vie.
Dans les mêmes années soixante-dix, elle est appelée par le père Jean D’Alès (SJ), le responsable alors du CIDERA (l’école d’agriculture modèle fondée par les jésuites dans les années cinquante à Témara près de Rabat) à venir soutenir son équipe de formateurs (Marocains et coopérants). Elle lance des sessions de connaissance de soi pour ces jeunes au terme de leur formation lycéenne. Des temps que ces désormais cadres du monde agricole n’ont pas oublié, tant ils leur ont permis de prendre confiance en eux-mêmes avant d’assumer des responsabilités au service des autres. Ceux qui l’ont connue évoquent sa disponibilité, sa tendresse et sa fidélité dans l’amitié au fil des années, sans oublier ce qu’ils qualifient de « sourire évangélique » de notre sœur.
Avec le temps, son action s’étend au fil des rencontres. Ell donne des cours de communication à l’Ecole des cadres de la Santé publique marocaine pendant vingt ans. Elle devient en 1999 conseillère pédagogique de l’Ecole privée Jeanne d’Arc de Casablanca, où on la considère affectueusement comme la grand-mère et l’inspiratrice de la famille qui avait pris cette institution en charge (anciennement de l’ECAM). Elle se rend régulièrement à Agadir où elle donne des sessions de connaissance de soi et se met, une fois de plus, à l’écoute de tous, petits et grands. Dans cette même ville, elle accompagne, humainement et bien plus, tout un groupe de couples et familles « mixtes » qui l’ont largement adoptée. A plus de 94 ans, elle quitte le Maroc qu’elle avait tant aimé pour la France où elle décède au terme de l’été 2026.
Que nous laisse Sr Monique comme héritage pour aujourd’hui dans l’Eglise au Maroc ?… Mgr Vincent Landel, quand il était archevêque de Rabat, se plaisait à dire aux étudiants que le seul Evangile que liraient jamais les Marocains était leur vie. C’est en fait ce que les hommes et les femmes qui ont connu sœur Monique nous ont dit à travers leurs mots et leur émotion :
- Ils ont apprécié le professionnalisme et la vie toute donnée de cette femme toujours disponible : ils ont lu Saint Dominique et Saint Ignace de Loyola en elle.
- Ils ont lu une femme profondément humaine et accomplie dans son humanité qui se battait pour mettre la personne (l’enfant, l’enseignant, le parent) au centre de la vie éducative, en y joignant cette dimension de la foi en ce que renferme chacun mystérieusement, de l’espérance dans la possibilité de grandir quelles que soient les situations et de l’amour qui se fait tendresse, écoute, discrétion et humble abaissement. Ils ont donc lu en elle toute la Doctrine sociale de l’Eglise que rappelle le Pape Léon XIV dans son encyclique « Magnifica humanitas ».
- Ils ont enfin lu une femme profondément ancrée dans sa foi et qui traduisait tout en spiritualité sans jamais en faire l’exclusivité d’une religion. Une femme qui leur donnait à voir les ultimes paroles de Jésus à la Cène : « Mon commandement, le voici : Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime. Vous êtes mes amis si vous faites ce que je vous commande. Je ne vous appelle plus serviteurs, car le serviteur ne sait pas ce que fait son maître ; je vous appelle mes amis, car tout ce que j’ai entendu de mon Père, je vous l’ai fait connaître. Ce n’est pas vous qui m’avez choisi, c’est moi qui vous ai choisis et établis, afin que vous alliez, que vous portiez du fruit, et que votre fruit demeure. Alors, tout ce que vous demanderez au Père en mon nom, il vous le donnera. Voici ce que je vous commande : c’est de vous aimer les uns les autres. » (Jn 15,12-17)

Après avoir rendu grâce à Dieu pour le don de sœur Monique Pelissier et repris les mots du « Notre Père » qui avaient humecté ses lèvres tout au long de sa vie de chrétienne et de consacrée, c’est un élève en 1ère année à l’Ecole de techniciens agricoles de Témara (prolongement du CIDERA) qui a psalmodié des versets coraniques choisis en résonnance avec la vie de notre sœur. « Y a-t-il d’autre récompense pour le bien, si ce n’est le bien ? » (Coran 5,60), « N’as-tu pas vu comment Allah propose en parabole une bonne parole pareille à un bon arbre, dont la racine est ferme et dont les branches s’élèvent dans le ciel ? Il donne à tout instant ses fruits, par la permission de son Seigneur » (Coran 14,24-25) et « Ô hommes ! Nous vous avons créés d’un mâle et d’une femelle, et Nous avons fait de vous des peuples et des tribus, pour que vous vous entre-connaissiez. Le plus noble d’entre vous, auprès d’Allah, est le plus pieux » (Coran 49,13)… Quand l’autre peut enfin lire nos vies données et nos engagements au cœur de sa foi.
Merci Sœur Monique pour votre vie donnée et pour votre témoignage.
Fr Stéphane, ofm, Meknès




