L’expérience d’une université américaine s’avère intéressante à cet égard. Deux enfants sont placés sur une longue table, chacun à une extrémité, séparant leur regard d’un paravent. Une poupée est placée devant le premier, une pomme devant l’autre. Au début, on demande ce qu’il voit. « Une poupée» est la réponse sûre. On demande au même enfant « et l’autre, que voit-il ? » « Une poupée ». Même chose pour l’autre, et à la double question il répondra toujours « une pomme ». Il semble, en effet, qu’à l’âge de deux ans, ce que l’on voit, on croit que les autres le voient aussi. Maintenant, en devenant adultes, nous restons, parfois,… à cette phase infantile. Et non seulement nous croyons, mais nous prétendons des autres qu’ils voient les mêmes choses, de la même manière que nous. Oubliant, ainsi, que chaque être a son point de vue spécifique.
Je me souviens de la parabole d’un vieux professeur. Une ville peut être observée sous trois points de vue essentiels : de l’intérieur, de l’extérieur et d’en haut. Ils sont tous d’égale importance. Il ne faut donc pas se réduire à un seul regard, même si à l’intérieur des choses ou au cœur de la situation, d’autres points d’observation s’avèrent intéressants et stimulants. En fait, complémentaires. L’altérité d’un autre regard fera grandir le vôtre en synthèse, en complexité et en ouverture d’horizon. Vous apprendrez, ainsi, une vérité dure et magnifique : « Ta différence est ma richesse ». Ce sera comme la force d’un atome, l’énergie qui bouleversera tout système, toute fermeture. Toute sécurité identitaire. Nous avons, en effet, l’habitude de nous répéter : ta différence me fait peur et, au fond, je ne la supporte pas !