RABAT : UNE JOURNÉE DE RÉFLEXION SUR L’ÉCO-THÉOLOGIE À L’INSTITUT ŒCUMÉNIQUE DE THÉOLOGIE AL MOWAFAQA
Le 14 mars 2026, l’Institut Œcuménique de Théologie Al Mowafaqa, à Rabat, a accueilli une journée de formation et de réflexion sur l’éco-théologie. Cette rencontre a réuni une quarantaine de participants ; parmi eux figuraient 15 membres de l’Église catholique, venus de différentes villes du Maroc, ainsi que des représentants d’Églises évangéliques au Maroc (EEAM) et d’autres acteurs engagés sur les questions environnementales.
Une réflexion théologique et scientifique sur la crise écologique
Organisée autour du thème « Bases et fondements de l’écologie : perspectives pour les Eglises du Maroc », la journée s’est structurée autour de quatre interventions complémentaires qui ont abordé la question écologique sous des angles théologique, éthique et scientifique.
Le directeur de l’Institut Œcuménique de théologie, Al Mowafaqa, le pasteur Nkolo Foanga Jean Patrick a ouvert la rencontre par une intervention sur l’éco-théologie et l’engagement de l’Église en Afrique. Il a rappelé que l’écologie étudie les relations entre les êtres vivants et leur environnement, mais que cette question dépasse aujourd’hui le cadre scientifique : elle touche directement la responsabilité morale et spirituelle de l’humanité. Selon lui, la tradition chrétienne rappelle que la création est confiée à l’être humain, appelé non pas à l’exploiter sans limites mais à en être le gardien.
La seconde intervention, présentée par le Père Daniel Nourissat, a porté sur l’encyclique Laudato Si’ du Pape François. Le texte papal souligne que la crise écologique actuelle est profondément liée à une crise morale et spirituelle. La réponse proposée par l’Église ne se limite pas à des solutions techniques : elle appelle à une « conversion écologique », c’est-à-dire un changement de regard et de mode de vie pour prendre soin de la création comme un don de Dieu et un héritage pour les générations futures.
L’eau et les déchets : des défis concrets pour le Maroc
La journée s’est également penchée sur des enjeux très concrets avec l’intervention de la professeure Sanaa Mousalim qui a présenté une analyse de la crise de l’eau au Maroc. Elle a rappelé qu’en quelques décennies la disponibilité en eau par habitant est passée d’environ 2 500 m³ par an dans les années 1960 à moins de 500 m³ aujourd’hui, plaçant le pays en situation de stress hydrique sévère. Les causes sont multiples : aridité naturelle du territoire, changement climatique, répartition inégale des ressources et surexploitation des nappes phréatiques. Cette situation pose des défis majeurs en matière de justice sociale, de gouvernance et de droits humains.
La quatrième intervention, animée par la docteure Cynthia Gbiga, a porté sur la gestion des déchets. Elle a souligné que le monde produit plus de 2 milliards de tonnes de déchets solides chaque année, dont une grande partie n’est pas traitée correctement. Les Églises, a-t-elle expliqué, peuvent jouer un rôle important dans la sensibilisation des populations et la mise en place d’initiatives locales de recyclage, de compostage et de nettoyage communautaire.
Une responsabilité spirituelle envers la création
Au fil des interventions, un message central s’est imposé : la crise écologique n’est pas seulement environnementale, elle est aussi spirituelle et sociale. Les participants ont rappelé que, dans la tradition biblique, Dieu confie à l’humanité la responsabilité de la création. Prendre soin de la terre devient donc une dimension essentielle de la foi et de la mission des communautés chrétiennes.
Cette conviction rejoint d’ailleurs l’axe 5 des orientations pastorales issues du synode diocésain de Rabat (2021-2023), qui invite les fidèles à « être une Église respectueuse de notre maison commune ». Dans cette perspective, l’Église locale encourage notamment la création d’une commission écologique, le développement d’actions concrètes pour protéger l’environnement, ainsi que la valorisation de temps de prière dédiés à la sauvegarde de la création, comme la Journée mondiale de prière pour la sauvegarde de la Création, célébrée chaque 1er septembre.
Des pistes d’action pour les communautés chrétiennes
La journée s’est conclue par un atelier de réflexion réunissant d’une part les participants de l’église Catholique et d’autres part ceux de l’Eglise Evangélique (EEAM). Plusieurs pistes concrètes ont été proposées pour encourager une véritable conversion écologique dans les communautés :
- Organiser des séances de sensibilisation à l’écologie dans les paroisses ;
- Intégrer davantage la protection de la création dans les homélies et les prières universelles ;
- Réduire l’utilisation du papier dans les activités paroissiales ;
- Mettre en place des systèmes de tri des déchets dans les églises ;
- Encourager des gestes simples de respect de l’environnement dans la vie quotidienne ;
- Organiser des journées de nettoyage dans les villes avec les associations locales.
Au terme de cette journée, les participants sont repartis avec une conviction commune : face à l’urgence écologique, la foi chrétienne appelle non seulement à la prise de conscience, mais aussi à l’action. Protéger la création apparaît ainsi comme une responsabilité partagée, au service de la justice, de la solidarité et des générations futures.
VICTORINE, JEAN-YVES, DEBORAH DIANA, LEATICIA



