5 décembre, 2025 Par benzevy

MARRAKECH/ANCRÉS DANS L’ESPÉRANCE : UN CHEMIN DE FRATERNITÉ AU CŒUR DE L’ÉPREUVE

MARRAKECH/ANCRÉS DANS L’ESPÉRANCE : UN CHEMIN DE FRATERNITÉ AU CŒUR DE L’ÉPREUVE

L’année jubilaire nous invite à raviver l’espérance, non comme une idée confortable, mais comme une fidélité concrète au cœur des ruptures et des blessures humaines. À la paroisse des Saints Martyrs de Marrakech, cette espérance a pris un visage : celui d’Armand, un jeune homme venu au Maroc en 2022 pour chercher des soins contre un cancer qu’il combattait depuis son jeune âge.

Après plusieurs interventions, sans amélioration notable, le découragement s’installe. Loin de sa famille, épuisé physiquement, il interrompt ses traitements, persuadé qu’il ne compte plus pour personne. C’est dans cette obscurité qu’une possibilité inattendue surgit : des migrants lui parlent de Caritas-Marrakech, un lieu où l’on accueille sans condition, ou le Frère Fabio le suivait pendant presque trois ans avec le soutien alimentaire et médicale.

Reçu par les bénévoles de Caritas-Marrakech, Armand découvre une équipe attentive :

organisation de ses consultations, mobilisation des médecins, apport de soutien matériel et une présence humaine. Un migrant fréquentant Caritas se propose même de l’accompagner chaque jour, conscient qu’Armand, de plus en plus diminué, ne peut plus se déplacer seul. Après une opération, il ne se nourrit plus que par une sonde ; ce volontaire vient chercher ses médicaments, ses produits de première nécessité, et veille à ce qu’il ne manque de rien.

Peu à peu, malgré la progression de la maladie, une petite communauté se forme autour de lui.Le frère Delphin, soutenu par la fraternité des frères franciscains de Marrakech et Caritas Marrakech, prend rapidement contact avec la famille d’Armand afin d’envisager un éventuel rapatriement. Conscient de la fragilité de la situation, il s’appuie sur la présence des bénévoles de Caritas, parmi lesquels une paroissienne, infirmière dans un lycée de la ville, qui s’est engagée comme volontaire et s’est proposée d’elle-même pour assurer un suivi médical régulier. Grâce à cette mobilisation, une prise en charge attentive se met en place, tout en gardant à l’esprit que l’état d’Armand reste très préoccupant.

À mesure que la maladie progresse, la famille d’Armand, informée régulièrement par l’équipe, exprime le souhait de le voir rapatrié au Cameroun pour retrouver les siens. Caritas accepte de porter ce dossier complexe et de gérer toutes les démarches nécessaires. L’infirmière se propose également d’accompagner Armand tout au long du voyage, conformément aux exigences médicales.

Un obstacle important se présente : Armand, incapable de se déplacer, ne peut renouveler son titre de séjour. Caritas sollicite alors les autorités locales, qui répondent favorablement et se rendent même à sa résidence pour constater personnellement sa situation. La coordination entre les médecins bénévoles, l’équipe Caritas et les autorités permet de garantir que le voyage pourra se dérouler dans

des conditions sécurisées et dignes.

Pendant ce temps, les médecins bénévoles montent le dossier médical, obtiennent un scanner et assurent les examens nécessaires. La Royal Air Maroc est contactée pour organiser le transport ; la compagnie mandate son médecin pour vérifier l’aptitude au voyage. Après plusieurs échanges, le feu vert est donné.

Une quête paroissiale est organisée pour financer ce retour, afin de signifier que personne n’est laissé seul dans l’épreuve, même aux marges de la vie.

Lorsque le jour du départ arrive, un ambulancier se propose spontanément pour conduire Armand à l’aéroport. L’infirmière l’accompagne, prête à l’assister durant tout le trajet vers sa famille.

Ce moment n’a rien d’un triomphe : c’est une étape grave, humble, mais profondément conforme à l’Évangile.

Arrivés à l’aéroport de Marrakech, Armand et la paroissienne sont immédiatement pris en charge par le personnel. La Royal Air Maroc met en place l’assistance nécessaire au déplacement d’un malade en situation de fragilité extrême.

Les équipes au sol se montrent attentives, tandis que les services de la douane, informés de la situation par les autorités locales, facilitent les dernières démarches pour la sortie du territoire.

Le premier vol, à destination de Casablanca, se déroule dans le calme. L’équipage veille sur eux, fournissant couvertures supplémentaires, assistance personnalisée et attention continue.

La même qualité d’accompagnement se poursuit lors du second vol, Casablanca–Douala. Dans un contexte où tant de voyageurs vulnérables rencontrent des obstacles, cette bienveillance est loin d’être anodine : elle permet à Armand de voyager dans la dignité jusqu’à son pays.

Conclusion : Là où l’humain se fragilise, l’espérance s’enracine 

Cette histoire n’est pas celle d’une guérison miraculeuse. C’est celle d’une communauté qui n’a pas renoncé à accompagner, même quand l’issue demeurait incertaine. Être encrés dans l’espérance, c’est cela : tenir la main de celui qui peine à tenir debout, rappeler par des gestes concrets que chaque vie mérite d’être entourée jusqu’au bout, et témoigner que l’amour fraternel reste possible, même dans l’épreuve. L’espérance n’efface pas la souffrance, mais elle refuse l’abandon. Et parfois, elle prend la forme d’un dernier voyage accompli dans la dignité, entouré de personnes qui ont choisi de ne pas détourner le regard.