23 décembre, 2024 Par benzevy

COMPRENDRE LE SYMBOLISEME DE LA CRECHE

COMPRENDRE LE SYMBOLISME DE LA CRECHE POUR MIEUX VIVRE LE TEMPS DE NOËL

 Le symbolisme de la crèche nous permet de saisir la signification du mystère de l’Incarnation. Une démarche qui nous aide à entrer pleinement dans la profondeur des célébrations de Noël.

L’histoire de la crèche prend évidemment racine dans l’évangile de Luc, qui décrit la naissance de Jésus à Bethléem. Marie, n’ayant pas trouvé de place dans la salle commune, a déposé son fils nouveau-né dans une mangeoire, appelée « praesepium » en latin, d’où le mot « crèche. » Mais la crèche, telle que nous la connaissons aujourd’hui, trouve son origine dans l’initiative de Saint François d’Assise à Greccio en 1223, où il a voulu recréer la scène de la Nativité avec des personnes et des animaux réels pour susciter l’émotion et la tendresse des fidèles. La crèche n’est pas un simple décor de Noël, mais un véritable « Évangile vivant » qui nous rappelle l’importance de Dieu dans notre vie. Elle nous invite à l’accueillir chez nous, à lui confier nos joies et nos peines, à partager avec lui notre quotidien. La crèche nous invite à contempler la proximité de Dieu, sa tendresse et sa compassion.

Aujourd’hui dans nos églises, les personnages des crèches sont bien souvent (très) anciens, de plus ou moins belle facture, mais auxquels les paroissiens tiennent beaucoup. Chaque année, on ressort le même plan pour installer la crèche. Et malheur si on y change quelque chose !

Mais alors, comment signifier l’Incarnation de Dieu dans le monde d’aujourd’hui ?

Beaucoup ont alors essayé de moderniser la crèche, de l’inculturer afin d’en rendre son message plus lisible et compréhensible. C’est d’ailleurs le cas sur la place St Pierre à Rome.

Mes premières années de ministère de prêtre, je les ai passé auprès d’un confrère qui, avec une équipe de laïcs, confectionnait chaque année une nouvelle crèche, en fonction de l’inspiration et de l’actualité. C’est probablement auprès de lui que j’ai pris cette habitude de renouveler les crèches de mes paroisses, au risque d’en choquer quelques-uns (ou beaucoup). Mais ce qui m’habitait, c’était que le message soit actuel et aussi percutant, pour sortir d’une habitude ronronnante qui ne disait plus rien. Dans les premières années, j’avais aussi la chance de pouvoir cheminer tout le temps de l’Avent avec les enfants du catéchisme, ce qui me permettait, lors de la messe de Noël des familles, de récapituler ce parcours, d’aboutir à la crèche et de permettre aux enfants d’y être présent par une petite réalisation. Par exemple, une année, chaque enfant a représenté son visage sur une petite pierre, alors que chaque personnage était une grosse pierre peinte pour l’occasion.

Une autre année, j’ai souhaité que les personnes puissent entrer dans la crèche, y déambuler au milieu des personnages, l’enfant Jésus étant suspendu au milieu d’un grand cœur assemblé durant les 4 semaines de l’Avent. Les enfants, quant à eux, avaient réalisé des personnages avec un gros fils de fer entouré de tissu et une tête en polystyrène personnalisée.

En 1223, à Greccio, le prêtre avait célébré la messe sur la mangeoire, marquant le lien entre l’Incarnation et l’Eucharistie. C’est pourquoi, une année, la crèche a été placée dans le chœur de l’église et est devenue l’autel, le tout avec les personnages traditionnels. En 2015, c’était probablement le projet le plus ambitieux réalisé avec quelques grands jeunes de la paroisse : construire une crèche à partir de palettes de transport, une crèche s’inspirant de l’actualité du moment, notamment le phénomène migratoire et la COP21.

Le décor brut en bois évoque les camps de fortune des migrants ainsi que la précarité de leur situation. La palette est l’outil qui sert au transport de marchandises, et elles suggèrent ainsi la mondialisation de l’économie et toutes ses conséquences. D’ailleurs, le migrant n’est-il pas devenu une forme de marchandise pour des passeurs peu scrupuleux ? Mais notre monde est aussi marqué par les nouvelles technologies : c’est l’ère du numérique. Aussi, les visages de personnes sont-ils des tablettes et cadres photos numériques présentant de vrais gens, des paroissiens, les santons d’aujourd’hui. Quant à l’enfant Jésus, ce sont des enfants qui ont été baptisé dans la Communauté de Paroisses.

Enfin, l’enfant Jésus est dans une cagette qui sert à transporter des fruits, des légumes, de la nourriture. Une cagette garnie de journaux et de tract publicitaire. Jésus s’incarne dans le monde d’aujourd’hui, tout en luttant contre une dérive commerciale de la fête. En naissant dans une cagette, cet enfant préfigure déjà qu’il deviendra Nourriture pour nous. Mais Noël, c’est aussi le Verbe qui se fait chair, la Parole qui poursuit l’œuvre créatrice. C’est pourquoi l’Évangile de Noël se trouve inscrit sur une palette. Oui, la crèche est bien un « Évangile Vivant » quand nous la laissons respirer et prendre Vie pour nous redire ce message toujours actuel : Dieu vient visiter les Hommes, ici et maintenant, en épousant le Temps et l’Histoire.

Père Eric MAIER