Un village de 108 habitants n’aura que six survivants ! Et toujours, devant ces ruines, la même profession de foi : « Allah Akbar ! » (Dieu est plus grand). « Ces Berbères ont une foi forte, une résilience inouïe ! » Le commentaire de frère Siméon. Et vous voyez Fatima contempler dans son portable la photo de son fils adolescent, de son mari et de son père, tous enterrés. Elle vit sous une tente avec sa mère : seulement leurs pleurs les consolent. Et leur foi. Les femmes, sous la tente, préparent ensemble dans une cuisine de campagne les repas, tandis qu’à côté une petite radio lance toute la matinée le chant du Coran… À vrai dire, le Coran chanté, au Maroc, on l’entend partout, chez le coiffeur, dans les taxis, au petit magasin du coin… « Est-ce que tu entends chanter l’Évangile chez nous ? » m’interpelle quelqu’un, en ébauchant un demi-sourire. Une grande photo du roi est pendue à l’extérieur de la tente comme pour un marabout protecteur. Entre-temps, les responsables Caritas, le moqadem (responsable du quartier) et ses assistants revoient ensemble les nouveaux besoins, ils programment les prochaines interventions avant l’hiver imminent. Tout projet de Caritas est mené avec la sensibilité et les décisions des chefs des villages. Ensemble. C’est le maître-mot de la Caritas. Aussi, celui de cette communauté franciscaine de Marrakech.
On l’a noté récemment le 27 octobre, à l’occasion de la journée de « l’Esprit d’Assise, » organisée par frère Fabio. On s’est retrouvé tous dans la simplicité, sous une treille du jardin franciscain, à côté de l’église : imam, rabbin, franciscains, amis musulmans et chrétiens. Des moments de partage sur la paix, de prière et de longs silences : instants denses de responsabilité. Mais aussi d’anxiété et de mystère,… que des gâteaux marocains et du thé estompaient par un petit goût de fraternité. À la fin, merveilleusement.