2 mars, 2025 Par benzevy

LES SARDINES DU JUBILÉ

LES SARDINES DU JUBILÉ


Ils arrivent à petits groupes à la paroisse «Notre Dame de Lourdes », tôt le matin, tous les lundis, mercredis et vendredis. Il sont bien plus d’une centaine, parfois deux cents. Ils arrivent fatigués, après un galop à pied de près d’une heure. Ils viennent de la grande, immense gare routière de Casablanca. Ils y ont passé la nuit sur des cartons, dehors et dans le froid, comme les bergers de Bethléem. Ils ont des visages fatigués, de vieilles savates aux pieds, des vêtements usés. Mais dans leur corps, ils ont un courage qui transporte les montagnes… Ils souffrent de tout : la solitude, la faim et le froid. Ou bien tout genre de violence. Ces jeunes migrants subsahariens à la peau noire, – même des adolescents, – la violence l’ont rencontré sur leur route entre Mali et Algérie, en traversant déserts et frontières. Certains d’eux ont rencontré la mort. Ils savent que, arrachés par une irrésistible envie de partir, ils sont eux-mêmes l’espoir de leurs familles. Leur avenir. L’Europe, en fait, est leur rêve. Ou plutôt une tragique illusion. Les frontières avec l’Espagne leur sont fermées, bien contrôlées par les polices des deux Pays. « Mais si Dieu a écrit que je passe, je passerai… » vous répéteront-ils avec une foi inconsciente, inébranlable. Dans notre paroisse catholique, ils prennent le petit-déjeuner : un sandwich et du café au lait. Un beau moment d’humanité pour eux, tous musulmans. Certains, entre temps, tapent dans le ballon, d’autres prennent une douche froide. D’autres encore lavent leurs miserables vêtements dans un seau. C’est tout ce que la paroisse peut offrir.
La grande cour s’anime, ainsi, de jeunes migrants subsahariens, de leurs cris, de leur aventure désespérée. De leurs rares moments de joie. Pour le temps de Noël, décembre/ janvier notre paroisse de Casablanca leur a offert presque mille boîtes de sardines par semaine. Vous ne pouvez pas imaginer leur joie pour un cadeau aussi providentiel, qu’ils adorent! La campagne continuera jusqu’à juin, avec 800 sardines par semaine: « les sardines du Jubilé. » Loin de chez eux, de leur nid, de leurs proches, leur vie est vraiment dure. Oui, ce sont des jeunes courageux : seul Dieu leur tient la main. Ainsi, à l’extérieur de notre église, la grande grotte, grandeur nature, de Lourdes – où viennent prier chrétiens et musulmans de Casablanca – leur apparaît comme celle de Bethléem. Où rencontrer la même compassion pour l’homme, que Dieu avait montrée à l’humanité. Où retrouver la même fraternité, qui avait réuni dans la stupéréfaction anges, brebis et bergers. Une solidarité simple, joyeuse: le vrai goût d’un Jubilé.

Renato Zilio