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» A propos du discours de Jean-Paul II à Casablanca (le 19 août 1985)

 

Fondation du Roi Abdul-Aziz Al-Saoud

Colloque  ‘Monothéismes et Pluralisme'

Casablanca : 30.09 - 1.10.2011

Le discours de Jean-Paul II à Casablanca,

un événement historique

Bref rappel historique

Pour introduire le discours du Pape Jean-Paul II à Casablanca en 1985, je rapporterai seulement un fait significatif de ce que pouvaient être les relations d'un Sultan du Maroc avec le Pape à la fin du XIXème siècle. En 1888, le Sultan Moulay Hassan apprend qu'à l'occasion du jubilé du Pape Léon XIII, l'évêque  de Tanger va envoyer une délégation à Rome pour féliciter le Pape... Le Sultan lui fait demander s'il est possible que El Hajj Torrès, une personnalité officielle, se joigne à cette délégation, pour demander au Pape d'intervenir auprès des chefs d'Etats chrétiens d'Europe afin qu'ils arrêtent leurs entreprises coloniales ! La demande du Sultan est acceptée. El Hajj Torrès fait le voyage, mais sa demande reçoit peu d'écho vu le contexte politique de l'époque et la distinction pratiquée par les chrétiens entre le politique et le religieux. Une démarche significative d'un des malentendus du dialogue !

Au XXème siècle on n'en est plus là ! Le Maroc indépendant a établi, très librement, des relations diplomatiques avec le Vatican, dès 1976. Et ces relations officielles sont  généralement accompagnées de relations interpersonnelles respectueuses et même cordiales.

C'est dans ce contexte que, en 1980, le Roi Hassan II du Maroc demande à être reçu au Vatican en tant que président du comité al Qods (Jérusalem). Il sera effectivement reçu par le Pape en avril de cette année. Mais Hassan II n'est pas arrivé seul...Une suite de quarante personnes l'accompagne, car il vient  comme Roi du Maroc, certes, mais surtout comme président du Comité Al Qods et de l'Organisation de la Conférence islamique ; et à ce titre il représente un milliard de croyants musulmans. Cette suite comprend de nombreux hommes politiques : (des ministres marocains, des parlementaires représentant tous les partis politiques du pays) et de quelques responsables religieux, mais également des membres de l'OLP, et le secrétaire de la Conférence islamique...

Le Roi du Maroc aura un entretien personnel avec le Pape Jean-Paul II, le 2 avril. A cette occasion, il exprime au Pape le désir de l'accueillir un jour au Maroc.

Cette invitation est la première adressée à un Pape par un chef d'Etat musulman. Certes Jean-Paul II s'était déjà rendu en Turquie, en 1979, un an après son élection, avec l'autorisation du chef de l'Etat, bien entendu, mais à l'invitation du Patriarche de Constantinople (Istanbul), responsable d'un grand nombre de chrétiens orientaux. Jean-Paul II s'était également rendu au Pakistan, invité par la communauté chrétienne de ce pays. Au Maroc, la communauté chrétienne, étant étrangère, ne pouvait prendre une telle initiative !

Et ce d'autant plus que Hassan II, à la surprise générale, demande également au Pape de bien vouloir, à cette occasion, adresser la parole à la jeunesse marocaine, en tant que ‘croyant et éducateur'.

Une invitation inattendue...

Cette dernière invitation était totalement inattendue et cependant elle se situe dans la belle tradition marocaine d'hospitalité. Par sa nouveauté elle pose de multiples questions au Pape lui-même, ainsi qu'aux divers services du Vatican. C'est pourquoi autour de ces questions se développent des relations nouvelles avec l'Eglise au Maroc, pour lui demander son point de vue et son aide. La réponse bien sûr est favorable, mais elle invite aussi à la prudence, elle précise que, selon la sagesse marocaine, on prend son  temps, on attend que l'invitation soit confirmée au moins deux fois avant de l'accepter officiellement. C'est ce qui sera fait. Ces échanges sont aussi l'occasion de préciser d'autres points :

L'Eglise au Maroc demande que, lors de la visite, un temps soit réservé pour que le Pape puisse rencontrer la communauté chrétienne et prier avec elle, ce qui est accepté par les autorités marocaines. Ainsi la rencontre avec la communauté chrétienne trouvera naturellement sa place, après la visite du Pape au Palais royal et la rencontre avec les Oulémas, et avant le discours qui sera adressé aux jeunes dans le grand stade de Casablanca.

Le Pape demande aussi qu'on lui prépare un projet pour l'allocution à la jeunesse marocaine. En effet, il ne connaît pas le Maroc et jamais aucun Pape dans l'histoire ne s'est adressé directement à des musulmans !

La visite

Peu à peu la visite se précise, s'organise et, enfin, une date est fixée.

Ainsi, le 19 août 1985, au retour d'un voyage en Afrique subsaharienne, Jean-Paul II arrive à l'aéroport de Casablanca. Il y est accueilli par le Roi Hassan II en personne. Des troupes sont présentes pour rendre les honneurs, mais, en signe d'accueil pacifique, elles ne portent pas les armes traditionnelles, celles-ci sont remplacées par des fanions[1]. Dès sa descente d'avion et selon son habitude, le Pape baise la terre marocaine : ce geste de respect et d'affection sera bien compris et apprécié par le peuple marocain...

L'accueil au Palais Royal et la rencontre avec le Haut Conseil des Ouléma, puis avec la communauté chrétienne, se déroulent dans les meilleures conditions. Le Pape est alors conduit par le Roi au grand stade de Casablanca dans lequel 80 000 jeunes de toutes les provinces du royaume attendent cet orateur qui leur sera présenté par le Roi lui-même.

Le discours à la jeunesse marocaine[2]

Pour préparer mon intervention à ce colloque, j'ai fait lire le texte de ce discours à quelques jeunes de Beni Mellal pour saisir comment ce texte était reçu aujourd'hui encore : je n'ai entendu que des réactions sympathiques, ils ne se sont pas sentis jugés ou gênés, par les propos du Pape. Voici quelques points qui ont retenus leur attention :

  • - Nous avons le même Dieu: «Chrétiens et musulmans nous avons beaucoup de choses en commun, comme croyants et comme hommes...Abraham est pour nous un même modèle de foi en Dieu, de soumission à sa volonté et de confiance en sa bonté. Nous croyons au même Dieu, le Dieu unique, le Dieu vivant le Dieu qui crée les mondes[3]». Cette insistance sur le même Dieu s'adresse plus particulièrement à ceux des musulmans qui imaginent que les chrétiens adorent trois dieux... Certes nous savons que le mystère divin est insaisissable, la Bible elle-même parle: «du Dieu d'Abraham, du Dieu d'Isaac, du Dieu de Jacob» (Ex. 3,6et Mt. 22,32). Il ne s'agit certes pas de trois dieux différents, mais ce texte nous permet de comprendre que le ‘visage' du Dieu que nous adorons est ‘construit' à partir de ce que ses prophètes nous ont révélé de Lui. Un visage qui est toujours à libérer des caricatures que nous imaginons et construisons[4], et à enrichir de nos propres expériences spirituelles personnelles et de celles dont nous sommes témoins...
  • - Le second trait qui a marqué ces jeunes est l'insistance du Pape qui affirme très clairement que nous sommes dans un même monde, un monde très concret que Dieu nous a donné: « J'invoque tout d'abord le Très-Haut, le Dieu tout puissant qui est notre créateur. Il est Dieu, à l'origine de toute vie, comme Il est à la source de tout ce qui est bon, de tout ce qui est beau, de tout ce qui est saint...Il a séparé la lumière des ténèbres. Il a fait croître tout l'univers selon un ordre merveilleux. Il a voulu que les plantes croissent et portent leurs fruits, comme il a voulu que se multiplient les oiseaux du ciel, les animaux de la terre et les poissons de la mer...»
  • - Et dans ce monde il a créé l'homme: «Il nous a faits, nous les hommes et nous sommes à Lui... C'est la lumière de Dieu qui oriente notre destinée et illumine notre conscience. Il nous rend capables d'aimer et de transmettre la vie».
  • - Les jeunes rencontrés ont été particulièrement sensibles à d'autres aspects: solidarité, fraternité, mais aussi respect de l'autre, des autres. Ils ont également mieux pris conscience de leurs responsabilités...

Dans ce domaine de l'humanisme et de la conscience, le Pape prend le temps de développer la dimension culturelle, il souligne la place de la culture arabo-musulmane, de son apport à l'humanité : « les musulmans ont une longue tradition d'études et de savoir : littéraire, scientifique, philosophique ». Il souligne aussi la situation particulière du Maroc : « Le Maroc a une tradition d'ouverture, vos savants ont voyagé et vous avez accueilli des savants d'autres pays. Le Maroc a été un lieu de rencontre des civilisations, il a permis des échanges avec l'Orient, l'Espagne et l'Afrique. Le Maroc a une tradition de tolérance...Vous êtes donc, jeunes Marocains, préparés à devenir des citoyens du monde de demain. »

Le Pape fait aussi allusion  à la communauté marocaine juive et aux autres minorités : « dans ce pays musulman, il y a toujours eu des juifs et presque toujours des chrétiens, cela a été vécu dans le respect, d'une manière positive ».

 

Ce texte est tourné vers un avenir à construire, ce qui comporte certaines exigences. A ce propos il cite les droits de l'homme : « Cette obéissance à Dieu et cet amour pour l'homme doivent nous mener à respecter les droits de l'homme, une exigence de la nature humaine telle que Dieu l'a créée ».

Il insiste aussi sur les injustices : « dans ce monde il y a du racisme, des guerres et des injustices, comme il y a aussi la faim, le gaspillage et le chômage. Ce sont des maux dramatiques qui nous touchent tous et plus particulièrement les jeunes du monde entier. »

Et, après avoir souligné l'importance de la liberté de conscience, Jean-Paul II précise : « C'est là le véritable sens de la liberté religieuse qui respecte à la fois Dieu et l'homme. Pas de vraie démocratie sans la liberté religieuse : elle est la clé de voûte de la culture ».

Le Pape marque également l'importance du travail intellectuel : « L'homme a besoin de développer son esprit et sa conscience. C'est souvent ce qui manque à l'homme d'aujourd'hui...La lumière intérieure qui naîtra ainsi dans notre conscience permettra de donner sens au développement, de l'orienter vers le bien de l'homme, de tout homme et de tous les hommes, selon le plan de Dieu ».

Et, après cette approche essentiellement culturelle et ces références à la conscience, nous arrivons au domaine proprement religieux.

Au passage je tiens à faire remarquer la dynamique de ce texte. Il suit un mouvement que les théologiens qualifient d'ascendant : il ne part pas de Dieu et de la religion, pour arriver à l'homme..., il part de ce qui nous est commun, ce Monde, cette nature[5], pour arriver à l'homme et à tous ses problèmes économiques, sociaux, politiques puis culturels... Nous sommes là sur un terrain commun très riche et d'une grande diversité. Là se tissent les relations humaines et culturelles, et c'est à partir de ce terrain commun que nous pouvons faire un pas de plus, nous élevant au domaine explicitement religieux...

« Nous croyants, nous savons que nous ne vivons pas dans un monde fermé. Nous croyons en Dieu. Nous sommes les adorateurs de Dieu. Nous sommes des chercheurs de Dieu ».

Et là Jean-Paul II reprend, presque mot pour mot, ce que le concile Vatican II avait affirmé quelques années auparavant[6] : « L'Eglise catholique regarde avec respect et reconnaît la qualité de votre démarche religieuse, la richesse de votre tradition spirituelle...».

« Je crois que nous, chrétiens et musulmans, nous devons reconnaître avec joie les valeurs religieuses que nous avons en commun et en rendre grâce à Dieu. Les uns et les autres nous croyons en un Dieu, le Dieu unique, qui est toute Justice et toute Miséricorde, nous croyons en l'importance de la prière du jeûne et de l'aumône, de la pénitence et du pardon, nous croyons que Dieu nous sera un juge miséricordieux à la fin des temps et nous espérons qu'après la résurrection Il sera satisfait de nous et nous savons que nous serons satisfaits de Lui ».

Ces derniers mots sont une citation implicite du Coran. On peut remarquer que ce document ne comporte pas de citation explicite du Coran, mais cinq citations implicites ; et, de même, aucune citation explicite de l'Evangile, mais quatre implicites.  Ces passages montrent que nous pouvons trouver, même dans le domaine religieux, un langage commun ;  mais aussi que nous devons éviter de nous envoyer ‘nos' textes à la figure, le risque de joutes étant toujours latent !

Le Pape dit ensuite que la loyauté exige que nous reconnaissions et respections aussi nos différences, elles concernent le regard que nous portons sur la personne de Jésus : « Vous savez que pour les chrétiens, ce Jésus les fait entrer dans une connaissance intime du mystère de Dieu et dans une communauté filiale à ses dons, si bien qu'ils le reconnaissent et le proclament Seigneur et Sauveur ». « Ce sont là des différences importantes, que nous pouvons accepter avec humilité et respect, dans la tolérance mutuelle, c'est là un mystère sur lequel Dieu nous éclairera un jour ».  Nous avons, là  encore, une citation implicite  du Coran.

 « Nous avons à nous respecter et aussi à nous stimuler les uns les autres dans les œuvres de bien sur le chemin de Dieu ». « Les uns et les autres nous avons à changer nos vieilles habitudes ».  La rencontre de l'autre est positive, elle est même stimulante : elle nous oblige à la réflexion, elle nous conduit à nous renouveler personnellement et nous invite, les uns et les autres, à établir des relations nouvelles : ‘sur le chemin de Dieu'.

La prière

Jean-Paul II clôturera son allocution par une initiative très personnelle : « Je voudrais terminer en invoquant Dieu personnellement devant vous ». Nous sommes toujours dans la même dynamique ascendante : ce voyage a commencé par un baiser de la terre marocaine, il se termine par une prière.  Le Pape n'invite pas à une prière commune, ce qui serait très délicat, mais il permet à son auditoire d'être témoin de sa propre prière ! En voici la conclusion :

« O Dieu, Auteur de la justice et de la paix,

accorde-nous la joie véritable, et l'amour authentique,

ainsi qu'une fraternité durable entre les peuples.

Comble nous de Tes dons à tout jamais.

Amen ». [7]                                    

Un événement historique...

Ce voyage de Jean-Paul II au Maroc restera comme un événement, dont on peut observer des traces dans l'histoire. Je vous propose, en terminant, d'en souligner quelques unes :

-  La première est très pratique : lors de la préparation de ce voyage, l'Eglise au Maroc a pu obtenir un statut juridique officiel.  Par un dahir royal, du 30 décembre 1983, elle est devenue une personne morale reconnue. Ce geste a permis de dépasser divers problèmes administratifs auxquels nous nous heurtions et, ainsi, de faciliter, en ce pays, les relations entre musulmans et chrétiens.

- Dans le même sens pratique on peut observer, qu'après ce voyage du Pape au Maroc, la petite Eglise du Sénégal, en accord avec les autorités du pays, a osé inviter le Pape à venir la visiter. Ce fut une rencontre heureuse. Et, plus étonnant, les autorités musulmanes de Tunisie, en accord avec les chrétiens vivant dans le pays ont aussi pris l'initiative de l'inviter chez eux : une ouverture à des relations nouvelles ...

- De son côté, le Pape Jean-Paul II a souvent parlé - en public comme en privé - de cette rencontre avec les jeunes musulmans de Casablanca, comme d'un événement qui l'a beaucoup marqué ;  il dit avoir mieux pris conscience, ce jour là, de la mondialisation. C'est un des facteurs qui l'ont décidé à organiser la première rencontre d'Assise l'année suivante, en 1986. Une rencontre qui a permis, pour la première fois à des responsables religieux du monde entier de se retrouver ensemble à Assise pour une journée commune de jeûne et de prière. Un geste symbolique très fort ! Cette rencontre est, maintenant, devenue une tradition. Le Pape Benoît XVI la reprend, lui aussi, en cette année 2011.

- A l'automne 1999, une de ces rencontres  d'Assise, s'est tenue en vue de la préparation du Jubilé de l'an 2000. Cette rencontre, à laquelle j'ai eu la joie de participer, rassemblait des croyants de toutes les traditions religieuses ; elle a permis à l'Eglise de se situer dans le Monde, avec les Autres, solidaire des Autres, avant de réfléchir aux orientations à prendre pour entrer dans le IIIème millénaire. L'Eglise ne part plus de ses propres problèmes, elle se situe d'abord au milieu de ce monde, solidaire de ce monde et de ses problèmes. Le cardinal Etchegaray, organisateur de cette rencontre, l'a très bien exprimé : « Elle était bien plus qu'un simple lever de rideau. Elle en constituait le premier acte, entraînant l'Eglise à approfondir le sens de sa mission au sein de la caravane humaine où la pluralité des religions s'impose comme un fait et encore plus comme un mystère»[8]

 

- Enfin, du côté de l'Eglise catholique, lors de diverses rencontres islamo chrétiennes  tenues ces dernières années le texte du discours de Casablanca a parfois servi de référence pour des chrétiens : il a ouvert un chemin nouveau insistant sur les points communs et les responsabilités humaines communes.

                                                                          Jacques Levrat,  Casablanca, le  30 09 2011    


[1] L'officier responsable près de qui je me trouvais à ce moment-là et à qui je disais apprécier ce geste d'accueil, me glisse malicieusement : ‘et c'est plus sûr'...

[2] Le texte de cette allocution peut se trouver sur le site du Vatican ou celui du diocèse de Rabat (http://www.dioceserabat.org/).

[3] Les  divers passages en italiques, sauf mention particulière, sont des citations du discours de Jean-Paul II.

[4] Cf. le livre : Le Dieu en qui je ne crois pas, du théologien Juan Arias, Paris, le Cerf, 1971.

[5]    Pierre Chrysologue  évêque de Ravenne, dans son commentaire du chapitre 2 de l'évangile de Mathieu,  dit que le ‘liber naturae', précède le ‘liber scripturae'. (Sur ce point cf. : Jacques Levrat et Abdelmajid Benjelloun, Dialogue entre deux croyants, Paris, Harmattan, p.17 et ss). Cette importance de la nature, dans nos Ecritures, rejoint la tradition musulmane : l'orientaliste Jacques Berque remarque que le texte coranique compte 700 versets à caractère ‘cosmique',  pour 200 à caractère ‘normatif'.

[6] Nostra aetate, n° 3, la religion musulmane.

[7] Depuis ce jour, lors de rencontres entre croyants musulmans et chrétiens, quand le contexte et le climat s'y prêtent,  j'ose, plus souvent, proposer un moment de prière en commun, généralement sous la forme d'un moment de silence.

[8] Cf. La Documentation catholique, n° 2250, page 572.