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» Prière devant l’Océan

Lors d’une rencontre à Lisbonne autour des questions vitales des migrants, notre évêque a été invité à orienter la prière...
Pourquoi ne guiderait-elle pas la nôtre : que nous soyons au bord de l’Océan ou en bordure du Désert ?

Devant l’Océan...
à Lisbonne le 20 Septembre 2007

Que tu es beau, Océan, dans ton immensité, océan qui appelle à regarder l’infini, qui invite à aller toujours plus au large, qui invite à aller à la rencontre de l’autre.
Pour cette création, bénis sois Dieu !

Malgré ta beauté, tu nous rappelles aussi tellement de tristes souvenirs.
Océan, malgré ton immensité, tu veux relier nos continents européens et africains.
Mais si nous sommes ici ce soir, c’est que trop souvent, au lieu d’être pont, tu es devenu barrière, un peu à cause de nous les hommes ; et pourtant nous sommes si près. La semaine dernière j’étais à Tanger, et en te regardant je voyais tellement près la côte européenne, comme à portée de main, 15 Kms !
Aussi devant ton immensité, ce soir, nous venons implorer le pardon de Dieu !

Océan, parce qu’ils n’avaient plus beaucoup d’espérance chez eux, pour essayer de te franchir, nous savons que de nombreux hommes et femmes sont arrivés sur ton rivage, sont montés sur des « pateras » ou des « cayucos » (pirogues), et ne sont jamais revenus, tu es devenu leur linceul. Certains corps ont été retrouvés, d’autres ont été retrouvés morts d’épuisement ou de maladie. Après avoir prié avec leurs compagnons de route, nous les avons enterrés à Casablanca ou Rabat ou Oujda ; en les accompagnant jusqu’au bout, nous pensions aussi à tous ceux que nous ne reverrons jamais ; nous pensons à tous ceux qui sont dans certaines morgues et dont personne ne veut s’occuper.
Pour eux, Dieu, riche en miséricorde, nous t’implorons !

Ces disparus, s’appellent aussi bien Olivier, Myriem, Ibrahim, Issa, Aicha, Désiré, Ali, Fatima, Pierre......mais en pensant à eux, nous savons qu’il y en a tellement d’autres qui sont partis de chez eux, qui sont encore sur les routes.
Je pense à I... et A... qui sont venus me remercier de les avoir aider à se soigner ; ils étaient partis de chez eux en l’an 2000, ils avaient été gravement blessés lors de l’assaut des barbelés de Ceuta en 2005 ; ils sont encore par chez nous ; et malgré tout cela, ils veulent toujours monter plus au nord. Je pense à M..... Cette jeune femme qui est venue accouchée dans un de nos presbytères ; elle était fière de me montrer son bébé ; mais après deux ou trois jours de repos, elle ne pensait qu’à aller retrouver ses copains dans la « forêt » pour continuer la route.
Je pense à tous ceux qui ont été raflés dans nos grandes villes, la nuit de Noël et qui ont été « transportés », à la frontière algérienne.
En écoutant leur histoire, souvent dramatique, je suis émerveillé de leur force de caractère ; le désir de survivre décuple les forces ; et beaucoup d’entre eux trouvent leur force dans leur relation à Dieu.
Pour leur courage, Dieu nous te bénissons !

Devant cet océan, Dieu de bonté, tellement riche en miséricorde

  • Ouvre mes yeux
  • Ouvre mes oreilles
  • Ouvre mon cœur,
  • Ouvre mes mains
  • Fais moi participer à la construction de ce pont entre les hommes.

AMEN
+Vincent LANDEL s.c.j.

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