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» Mgr Hubert MICHON

Le Père Hubert n’aimait pas parler de lui et était très discret sur son histoire personnelle. Rarement il évoquait quelques souvenirs du passé... Cependant beaucoup parmi nous souhaitent savoir les grandes étapes de sa vie. Nous avons pu les retrouver grâce à sa famille et quelques uns des plus anciens parmi nous. Il est né le 2 juin 1927 à Paris (7e) et est baptisé quelques jours après à l’Eglise St Thomas d’Aquin : il est le 3e enfant de la famille ; deux autres naîtront ensuite. Il fait ses études secondaires au Collège Stanislas à Paris et, pendant la guerre, au Collège St Lazare d’Autun. Après le baccalauréat, il s’oriente vers la médecine. C’est en fin d’études médicales qu’il découvre le Maroc en faisant son service militaire comme médecin-auxiliaire à la base aérienne de Salé. C’est sans doute de cette époque que naît son attachement au Maroc.

Mais au lieu de faire l’internat de médecine, à la surprise de ses amis, il rentre au Séminaire Universitaire de Paris (Les Carmes) et c’est au cours de ses études de théologie qu’il obtient son doctorat en médecine. Il est ordonné prêtre le 21 avril 1957 à Paris à la Chapelle du Séminaire des Carmes pour le service du Diocèse de Rabat : déjà il a fait le choix de servir au Maroc et non dans son diocèse d’origine. Mgr Lefèvre, quelques mois plus tard, le nomme vicaire à la Paroisse du Sacré-Cœur à Casablanca. Mais il souhaite exercer aussi la médecine et il lui faut attendre un an une autorisation pour être à la fois prêtre et médecin. En septembre 1958, il est nommé vicaire à la Cathédrale de Rabat et en même temps aumônier du Lycée Gouraud, puis du Lycée de Jeunes Filles. Il commence aussi à exercer comme médecin de la Santé Publique dans un dispensaire d’un quartier périphérique de Rabat. De 1961 à 1963, il est envoyé faire des études d’arabe à « l’Institut des Belles Lettres Arabes » à Tunis. C’est là qu’il acquiert une bonne connaissance de la langue arabe. Puis à son retour de Tunis , il est nommé curé de la paroisse St Pie X . Le P. Jean Chabbert, archevêque depuis 1968, le nomme ensuite en 1969, vicaire épiscopal et curé de la Cathédrale mais il retrouve chaque matin son dispensaire de Yacoub el Mansour et l’après-midi et le soir, la paroisse. En Juin 1975, le P. Jean accède à sa demande d’être médecin à plein temps et il est nommé à Fès où il desservira en médina plusieurs dispensaires de la Santé Publique. Même s’il ne loge pas au presbytère mais dans un petit appartement en ville, il assure aussi divers services à la Paroisse de Fès et reste membre du Conseil Episcopal. C’est là que le Pape Jean-Paul II l’appelle le 15 juillet 1983 pour devenir archevêque de Rabat et succéder au P. Jean Chabbert nommé en 1982 évêque de Perpignan en France. Aussitôt sa nomination, il doit subir plusieurs interventions chirurgicales en France et revient bien affaibli pour être ordonné évêque dans la Cathédrale de Rabat le 11 décembre suivant. L’ordination est présidée par Mgr Lourdusamy, ancien archevêque de Bangalore (Inde) et secrétaire de la Congrégation pour l’Evangélisation des peuples, envoyé spécial du Pape. Le 19 août 1985, à l’invitation de S.M. Hassan II, le Pape fait halte quelques heures à Casablanca et c’est le P. Hubert qui l’accueille au nom de tous les catholiques au début de la messe à l’Ecole Charles de Foucauld. Au cours des mois et des années, le P. Hubert sillonne le Maroc rejoignant toutes les communautés, visitant amis chrétiens et musulmans. En 1993, il lance le Synode Diocésain avec la question : « Quelle Eglise au Maroc aujourd’hui ? », un temps de partage et de recherche pour la vie du diocèse. Le Synode est clôturé par une fête à Mohammedia à la Pentecôte 1995. Cinq ans plus tard, dans le même dynamisme, un rassemblement diocésain fêtera le Jubilé de l’An 2000. A deux reprises, les évêques de la Conférence Episcopale du Nord de l’Afrique le désignent pour les représenter lors des Synodes des Evêques à Rome : en 1987, pour le Synode sur les laïcs et en 1994, pour le Synode sur l’Afrique. Après quelques accrocs de santé, il demande au Pape un coadjuteur et c’est le P. Vincent Landel qui est nommé et il a la joie de l’ordonner évêque le 26 février 2000 à Casablanca. Pendant plus d’un an, ils travaillent ensemble et le 5 mai 2001, la démission du P. Michon est acceptée par le Pape : Le Père Vincent lui succède. Aussitôt le P. Hubert quitte le Maroc par souci de discrétion vis-à-vis de son successeur et passe une année dans une paroisse de la banlieue parisienne. Après un séjour d’un mois de ressourcement en Terre Sainte, il revient au Maroc et s’installe au presbytère de Meknès, auprès du P. Marc, son ancien vicaire général, puis ensuite du P. Aristide... Mais les problèmes de santé augmentent : il doit être rapatrié après Noël 2003. Il se remet peu à peu et revient quelques jours à Meknès mais, sa santé se détériorant rapidement, de nouveau il doit repartir en France pour être hospitalisé. Il meurt le 20 mai 2004, jour de l’Ascension, dans une clinique de Parly II. Tous les pages de cette vie ne disent pas tous les visages rencontrés, toutes les personnes écoutées, les malades soignés, les conversations lancées, les routes parcourues, les réunions à Rabat et dans toutes les villes, les célébrations vécues dans nos communautés : en tout cela, il était à la fois « le père, l’ami et le frère », simplement, humblement auprès des uns et des autres, chrétiens et musulmans, aimant le Maroc et nous apprenant à l’aimer, aimant Jésus-Christ et nous apprenant à l’aimer.

HOMELIE DU PERE HUBERT MICHON au cours de la célébration eucharistique de clôture du Synode à la Pentecôte 1995

Notre rassemblement d’aujourd’hui n’est pas sans ressembler par la diversité de nos origines et celle de nos langues à la foule qui s’est rassemblée autour des apôtres au jour de la Pentecôte. Ils étaient eux aussi venus de toutes les. nations qui sont sous le cieL Ils étaient mèdes ou élamites, habitants de la Mésopotamie, de la Judée et de la Cappadoce, des bords de la Mer Noire, de la Province d’Asie, de la Phrygie et la Pamphylie, de l’Egypte et de la Libye, Romains résidant à Jérusalem, juifs de naissance ou convertis, crétois et arabes, venus célébrer à Jérusalem l’alliance que Dieu avait, au temps de Moïse, contractée avec son peuple. Ils entendent, chacun dans leur langue ,les apôtres célébrer, remplis de l’Esprit Saint, les merveilles de Dieu. Ils découvrent, grâce au témoignage de ceux-ci, que non seulement Dieu a parlé à son peuple, mais qu’en Jésus-Christ, il est venu lui communiquer sa propre vie. Si l’annonce de la résurrection de Jésus-Christ est au cœur de la prédication chrétienne, c’est parce qu’elle ne touche pas seulement le destin d’un homme qui a vécu autrefois en Galilée, mais qu’elle ouvre à tous Les hommes de tous les temps une perspective entièrement nouvelle. Dieu qui a agi en Jésus-Christ ,qui a manifesté en Lui qu’Il était Amour, qui lui a fait franchir les frontières de la mort elle-même, continue d’agir par son Esprit dans le vécu de tous les hommes. Les premiers chrétiens l’ont compris et cela leur a donné un dynamisme extraordinaire les amenant à constituer des communautés fraternelles, les lançant sur les routes, ,à la rencontre des hommes, de tous les hommes ; cela leur a donné la force et le courage d’affronter toutes. les oppositions, toutes les persécutions.

Christ est ressuscité : cette annonce qui a bouleversé la vie des premiers chrétiens et de tant d’hommes et de femmes après eux est arrivée jusqu’à nous. Chacun d’entre nous l’a entendue dans sa langue maternelle et y a cru.

Il Y a 18 mois, j’invitais toute la communauté diocésaine à se lancer dans l’aventure du Synode. Il s’agissait de nous mettre ensemble à l’écoute de Dieu, et à l’écoute des hommes pour découvrir quel visage devait avoir L’Eglise aujourd’hui au Maroc, si elle voulait être fidèle à la mission que le Seigneur lui confiait. Il faut reconnaître que quelques-uns ,dans leurs réponses à la consultation préparatoire, manifestaient un certain scepticisme, scepticisme sur la capacité de notre Eglise à évoluer, à changer, scepticisme par rapport au fait que l’EgLise doive avoir ici un visage particulier. Pour eux, l’Eglise n’apparaît que comme une sorte d’aumônerie pour étrangers de passage et sa seule fonction est d’assurer à chacun, dans sa langue et selon ses traditions propres, la possibilité de poursuivre une vie sacramentelle et d’entretenir sa foi.

Mais nombreux sont ceux qui, soutenus par la prière, en particulier celle des communautés contemplatives du diocèse, se sont engagés dans la réflexion proposée. Des équipes se sont constituées, regroupant prêtres, religieuses et laïcs. Chacun a apporté le fruit de son expérience, de sa réflexion et de sa prière ; des convictions ont été affirmées, des propositions ont été faites, et finalement, le texte qui sera présenté tout à l’heure a été élaboré et approuvé par l’Assemblée Synodale au mois d’Avril.

Ce texte témoigne que la foi en la résurrection qui animait les apôtres et les premiers chrétiens est toujours vivante, que l’Esprit qui les a ouverts à l’universalité, faisant tomber les barrières qui séparaient juifs et païens comme elles séparent encore trop souvent maintenant les peuples ou les communautés religieuses, était toujours à l’œuvre au cœur des hommes d’aujourd’hui.

Certes, nous sommes assez lucides pour reconnaître toutes les faiblesses de notre communauté diocésaine : notre petit nombre, le vieillissement de beaucoup de prêtres et de religieuses, la difficulté pour les différentes communautés nationales ou linguistiques de se rencontrer et de s’ouvrir les unes aux autres, le poids de l’histoire et des situations politiques sur le rapport entre chrétiens et musulmans. Nous sommes aussi conscients de toutes nos fragilités humaines. Mais nous savons pouvoir compter sur Dieu qui a ressuscité Jésus d’entre les morts.

Nous avons entendu Paul nous dire, comme il l’écrivait aux Corinthiens : "Ce qui est faible dans le monde, Dieu l’a choisi pour confondre les forts". A nous, comme à Paul, le Christ dit : "Ma grâce te suffit, ma puissance donne toute sa mesure dans la faiblesse".

Nous comptons sur Dieu, étant bien entendu que ce que nous cherchons, ce n’est pas d’opérer une action de recrutement, ni même d’accroître le rôle ou la visibilité des institutions ecclésiales, mais seulement une fidélité plus grande à l’Evangile, à la volonté de Dieu, afin que chacun d’entre nous et la communauté que nous formons soient davantage signes de la tendresse de Dieu pour tous les hommes.

Le Synode portera du fruit, non dans la mesure des moyens humains que nous développerons, mais dans celle où, dans la foi au Christ ressuscité, nous nous laisserons conduire par l’Esprit Saint. Dès maintenant, pour l’œuvre de l’Esprit au cours de ce temps de prière, de réflexion, de rencontres et d’échanges qu’a été le Synode, nous rendons grâce à Dieu et nous Lui confions l’avenir.

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