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» La visite pastorale du Père Vincent dans la "Région Est" de son diocèse

Entrée dans la Miséricorde,

fin de la visite pastorale dans l’Est à Fès

le 29 Novembre 2015

Aujourd’hui, nous voulons être unis à l’Église universelle qui ouvre son année jubilaire de la Miséricorde en ce premier dimanche de l’Avent ; nous voulons être des veilleurs et des marcheurs, avec tous nos frères chrétiens pour préparer la venue du Sauveur.

Aujourd’hui, nous voulons être unis à l’Église de notre Continent africain, alors que notre Pape François se trouve à Bangui pour redonner espoir à un peuple qui souffre non seulement de la faim, mais de ces luttes fratricides. Il veut aider à ce que l’on comprenne que « dans notre maison commune » des hommes de toute ethnie, de toute culture, de toute religion peuvent se comprendre, peuvent s’estimer et construire un monde de paix et de justice. Il veut inviter tous les habitants de notre continent « à passer sur l’autre rive », sur cette rive où les êtres humains veulent s’aimer et s’entraider.

Aujourd’hui, nous voulons être unis à notre Église diocésaine, et plus spécialement à notre Église de la région Est en cette fin de ma visite pastorale. Même si je passe régulièrement auprès de vous, j’ai découvert des réalités que je ne soupçonnais pas ; des réalités qui peuvent être des sources de souffrance ; mais d’autres réalités qui sont germes d’espérance.

Le Seigneur m’a accompagné d’Er-Rachidia à Oujda, de Meknès à Taza, non pas pour porter un regard inquisiteur, mais pour essayer de comprendre ce qui s’y vit, et comment l’Esprit du Seigneur s’y retrouve. Préparer Noël n’est-ce pas essayer de parcourir les chemins du monde pour y découvrir les passages du Seigneur à travers la réalité des personnes, mais aussi à travers les réalités économiques et sociales. Connaissant un peu mieux, il sera plus facile de coller à la réalité qui change continuellement. Comment d’abord ne pas être impressionné par ce développement phénoménal des constructions et des infrastructures, même s’il existe encore des endroits qui n’ont pas encore connu tous ces développements. Il n’y a pas si longtemps que cela pour arriver à Oujda, il me fallait des heures interminables et fatigantes de voyage, l’autoroute a transformé tous ces déplacements qui peuvent engendrer un progrès économique. Et j’ai vu des usines en pleine médina, donnant du travail à des centaines d’ouvriers certes, mais tournant au ralenti à cause de la crise économique mondiale. Votre région, comme dans tout le monde subit de plein fouet cette évolution.

Mais en même temps ce développement transforme les mentalités, il me reste ce regard du maire d’une grande ville de la région qui me faisait visiter une grande palmeraie. Il était horrifié de son état ; en effet lorsqu’il était gamin tout était bien propre et la moindre parcelle était cultivée, mais aujourd’hui, car ceux qui sont allé à l’école ne veulent plus faire ce travail, tout dépérit et d’ici quelques années, que restera-t-il de cette palmeraie qui pourtant faisait vivre de très nombreuses familles. Question que je nous pose à tous ! Que nous soyons invités à vivre au Maroc ou à repartir au pays.

J’ai vu pousser de grandes universités ou des écoles qui veulent se moderniser, à juste titre, mais en même temps un centre de soutien scolaire qui est dans le fond d’un garage sans eau ni électricité ! ; Heureux de voir un CHU pousser aux portes du désert….mais en même temps des hôpitaux flambants neufs qui ne fonctionnent pas par faute de budget de fonctionnement….j’ai vu des bâtiments en pleine construction, édifiés par des entreprises étrangères, non européennes, et dessinés par des architectes étrangers. qui n’ont pas très bien pris en compte la culture marocaine. Et comme de nombreux pays du monde ces entreprises multinationales ont des centaines d’ouvriers célibataires qui viennent de tous les coins du monde. Dans un tel cadre, comment construire des familles ; grave question que je me suis posé alors que se déroulait à Rome le Synode sur la famille !

J’ai rencontré en plusieurs lieux des migrants qui, pour de multiples raisons sont partis de chez eux en espérant une vie meilleure sous d’autres cieux. J’ai écouté toutes leurs aventures ; j’ai entendu tous leurs espoirs, j’ai vu les conditions dans lesquels certains vivent….et je me suis trouvé les mains vides. Comment, comme nous y invite Saint Paul avoir un amour de plus en plus débordant envers eux ?

Et partout sur ma route, je vous ai rencontré, homme et femmes de prières, croyants et voulant faire Église ici au Maroc dans ce contexte. Dans toutes les communautés que j’ai visité j’ai vu combien vous étiez une petite lumière sur la montagne ; une lumière basée sur la prière ; une lumière basée sur un partage de vie, un partage de foi. Une fois de plus je me suis dit que vous étiez en première ligne dans la rencontre des chrétiens et des musulmans. Dans votre vie professionnelle ou votre vie d’étudiants vous êtes des chrétiens qui vivent l’Incarnation. Vous êtes sur les pas du Christ, comme à Nazareth, et c’est votre vie qui dit Jésus Christ. Et pour cela je veux rendre grâce au Seigneur.

Et en cette année où nous fêtons, demain, le centenaire de la mort de Charles de Foucauld, je nous invite à toujours mieux comprendre que c’est sur les routes du Maroc que Frère Charles a retrouvé le Jésus de son enfance, en voyant prier les musulmans…N’est-ce pas une grâce pour nous. Et puisque nous ouvrons l’année de la Miséricorde, rappelons-nous aussi que rentré en France, il voulait approfondir sa foi, et l’abbé Huvelin qui l’accompagnait a commencé par lui dire : » mets-toi à genoux, confesse-toi, va communier et après nous parlerons de Dieu »

C’est envahi par la miséricorde que nous pouvons comprendre qui est ce Dieu qui nous aime tant.

                                                           AMEN