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» L'Eglise aujourd'hui

Une Église de la rencontre

Au Maroc, pays de 30 millions d’habitants, toute la population est officiellement musulmane, à l’exception d’une minorité israélite de 3 à 4 000 membres. Les chrétiens ne peuvent donc qu’être des étrangers. (JPG) L’Eglise Catholique rassemble des étrangers de diverses nationalités, principalement francophones dans le diocèse de Rabat et hispanophones dans le diocèse de Tanger. Il y a également des communautés anglophones (Grande-Bretagne, Etats-Unis, Philippines), italiennes et polonaises. Bon nombre de francophones, de nationalité française, sont nés au Maroc et y ont toujours vécu. Depuis une quinzaine d’années, des étudiants viennent d’Afrique subsaharienne et prennent une part active à la vie des communautés catholiques. Actuellement le nombre des baptisés se situerait aux environs de 25 000 dont 2 500 pour le diocèse de Tanger. L’Eglise Catholique a été officiellement reconnue au Maroc par une lettre de Sa Majesté le roi Hassan Il au Pape Jean-Paul II, datée du 30 décembre 1983. l’Eglise peut ainsi exercer publiquement et librement ses activités pastorales propres et posséder des biens pour ses œuvres éducatives ou de bienfaisance. Les deux diocèses entretiennent des liens privilégiés avec les autres Eglises du Maghreb (Algérie, Tunisie, Libye), les évêques de ces pays se retrouvant au sein de la Conférence Episcopale Régionale du Nord de l’Afrique (C.E.R.N.A.). Ils sont également en relation étroite avec les Eglises d’Europe et d’Afrique subsaharienne dont est originaire la majorité des baptisés.

Quelques étapes importantes

En 1923, la partie du Maroc sous protectorat français, a été détachée du Vicariat Apostolique de Tanger pour former le Vicariat Apostolique de Rabat. Pendant la période du Protectorat, de nombreux colons français et espagnols viennent s’installer au Maroc. L’Eglise Catholique s’organise, sans tellement tenir compte de la sensibilité marocaine, sa pastorale étant avant tout au service des étrangers chrétiens. Pourtant des hommes comme les Pères Charles-André Poissonnier ou Albert Peyriguère, marqués l’un et l’autre par la spiritualité de Charles de Foucauld, des religieuses et des laïcs se situent autrement, proches des populations arabes et berbères, témoignant de l’Evangile par une vie d’amitié avec tous. En 1950, les étrangers présents au Maroc sont 450 000 et représentent moins de 5 % de la population. Le 14 septembre 1955, le Vicariat Apostolique de Rabat devient archevêché. Peu de temps après, le 2 mars 1956 est proclamé l’indépendance du Maroc. Le nombre de chrétiens ne cesse alors de diminuer, au rythme des départs des étrangers. L’Eglise s’engage alors plus résolument dans un service du pays, par une présence discrète et amicale. Elle se sait accueillie et respectée, se refusant à tout prosélytisme pour respecter les lois et les convictions de ce pays musulman. Deux évènements importants :

  • Visite du pape à Casablanca
  • Répondant à l’invitation du roi, le pape Jean-Paul II passe quelques heures à Casablanca, le 19 août 1985. Au cours d’une messe, il rencontre quelque 2000 personnes de la communauté catholique ; il leur rappelle leur rôle de témoins de l’amour à vivre en monde musulman. Puis, après avoir vu Sa Majesté le roi Hassan II, il s’adresse à 80 000 jeunes, dans le stade Mohammed V. Dans ce premier discours d’un pape s’adressant à des musulmans, Jean Paul II invite les jeunes à témoigner du sens de Dieu et de la dignité de l’homme pour un monde plus humain, pluraliste et solidaire.
  • Un synode diocésain
  • A l’appel de leur évêque, le Père Hubert Michon, les diocésains de Rabat essayent pendant un an et demi de répondre à la question : « Quelle Eglise au Maroc aujourd’hui ? ». Toutes les communautés sont consultées. Au terme de trois sessions de l’Assemblée Synodale, les Actes du Synode sont proclamés le 6 juin 1994, à Mohammédia, et donnent pour les années à venir les orientations du Diocèse.

Vivre sa foi chrétienne au Maroc

(JPG) Composées de membres venant d’horizons, nationalités et cultures multiples, les communautés d’Eglise au Maroc sont des lieux de relations très fraternelles. Souvent très petites - quelques dizaines de personnes, parfois moins -, elles peuvent permettre à chacun de pouvoir sa foi en fonction de ses traditions d’origine mais aussi elles doivent se construire dans une unité toujours plus grande et plus vraie. Il lui faut donc accueillir l’autre différent et s’enrichir de toutes ces différences. Dans ce sens, dispersées dans le pays, de nombreuses communautés de religieux ou de religieuses, elles-mêmes très internationales, sont un facteur de dynamisme. Certaines ont une vie contemplative comme les Clarisses à Casablanca, les Sœurs du Monastère de la Visitation à Tazert et les Trappistes (leur site web) à Midelt. Même s’ils sont étrangers et souvent de passage pour quelques années au Maroc, les chrétiens sont appelés à vivre leur foi en Jésus-Christ au milieu d’un peuple qui vit une autre relation à Dieu dans l’islam. Très souvent, la rencontre avec ces croyants d’une autre tradition religieuse les provoque à approfondir leur foi pour mieux en vivre. S’ils ne peuvent pas en rendre compte par leurs paroles, ils peuvent en témoigner par leur manière de vivre, dans leurs lieux de travail, la vie associative ou les relations de voisinage. Par-delà les différences de religions, une collaboration se tisse au jour le jour, au service de l’Homme, pour plus de justice, de compréhension et de tolérance. Formée d’étrangers, l’Eglise Catholique ne peut intervenir en aucune façon dans la vie politique du pays même si, lors de la lutte pour l’Indépendance, des chrétiens se sont engagés auprès d’amis marocains et si l’Evêque, Mgr Amédée Lefèvre, et certains prêtres ont alors partagé les aspirations du peuple marocain.

Institutions catholiques et vie sociale

Peu nombreuses et assez discrètes, les institutions catholiques du diocèse de Rabat déploient leurs activités dans les domaines de l’éducation et du développement. Ce sont 15 écoles (ECAM), maternelles et primaires, dont presque tous les élèves sont musulmans. Dans la plupart des cas, directions, instituteurs et personnels sont marocains. La formation de jeunes adultes - une école technique pour électriciens et plusieurs centres de formation pour jeunes filles de milieu populaire - est sans doute plus discrète. Trois bibliothèques, gérées par des religieux ou religieuses à Casablanca, Meknès et Béni Mellal, ouvrent leurs portes aux lycéens et étudiants afin de leur permettre de trouver les documents nécessaires à leurs études et, bien souvent, un lieu où ils peuvent travailler dans le calme. Des rencontres d’animation leur permettent aussi de discuter entre eux, voire de prendre en charge l’organisation de ces maisons. A Rabat, un Centre de documentation, La Source, doté de plus de 20000 ouvrages, accueille les chercheurs universitaires et organise des rencontres permettant des échanges sur de nombreux sujets entre intellectuels marocains et étrangers. Pour vivre la solidarité avec les plus pauvres, les deux diocèses de Rabat et de Tanger se sont donné un organisme, Caritas-Maroc. Il sensibilise les communautés chrétiennes et participe de plus en plus en collaboration avec des associations marocaines, à des projets de développement.

Les Jeunes dans notre l’Eglise

Dans l’Eglise au Maroc, les jeunes sont présents à travers trois catégories : les enfants, les collégiens et lycéens, les étudiants ; certains vivent une démarche catéchuménale. Dans les paroisses des grandes villes, Rabat, Casablanca, Marrakech, les enfants se retrouvent régulièrement pour l’éveil à la foi (pour les plus petits) ou la catéchèse, assurés par des équipes de catéchistes. A Casablanca, certains participent, avec leurs copains protestants, aux activités du « Scoutisme Unifié au Maroc ». Les collégiens et lycéens, pour la plupart européens, sont de passage au Maroc avec leurs parents. Ils suivent leurs études dans les lycées étrangers où ils se retrouvent minoritaires au milieu de camarades marocains. Parmi eux, à Rabat et à Casablanca, un petit nombre se retrouve au sein d’aumôneries de lycée où ils peuvent échanger entre eux, partager leurs questions, approfondir leur foi, prendre en charge leurs loisirs. Après leurs études secondaires au Maroc, ils partent tous en Europe. Les étudiants, venus de nombreux pays de l’Afrique subsaharienne pour une période généralement de 4 années, poursuivent leurs études dans les universités ou instituts du Maroc. Ils connaissent pour la majorité des conditions de vie difficiles, tant au niveau de leurs études qu’au plan matériel. Ils sont pourtant les « piliers » actifs de bon nombre de communautés paroissiales. Dans chaque ville universitaire, existent des lieux et des temps pour qu’ils puissent partager, exprimer leur vie et enrichir leur foi en tenant compte de leur culture d’origine, du pays qui les reçoit et du retour prochain dans leurs pays d’origine. « L’Aumônerie des Etudiants Catholiques au Maroc » (A.E.C.A.M) coordonne toutes leurs activités.

Œcuménisme et dialogue interreligieux

Les communautés des autres confessions chrétiennes (protestants, anglicans et orthodoxes) sont généralement très petites et très dispersées. Aussi la collaboration entre chrétiens est très fraternelle et le fait de vivre dans un pays d’islam rapproche certainement les uns et les autres pour porter un témoignage commun. Les responsables des Eglises chrétiennes se retrouvent régulièrement dans le « Conseil des Eglises chrétiennes ». Le dialogue interreligieux, quant à lui, se vit dans le quotidien des relations et dans le respect de la foi de chacun. Quelques groupes islamo-chrétiens se réunissent régulièrement, depuis de nombreuses années, et essaient de se comprendre mutuellement. L’un des lieux de ce dialogue est vécu par le grand nombre de foyers islamo-chrétiens où souvent des chrétiennes ont épousé des marocains musulmans. Elles ont de plus en plus une place reconnue dans les communautés d’Eglise. Le dialogue n’est cependant pas une affaire de spécialistes. les communautés chrétiennes, de plus en plus réduites, se trouvent en quelque sorte dans l’impossibilité de vivre repliées sur elles-mêmes. Elles sont ainsi provoquées à s’intégrer à la vie du Maroc et à pratiquer le dialogue interreligieux et c’est à travers tous les liens d’amitié, de voisinage, de collaboration que se vit un véritable dialogue.

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