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» Guy Martinet

 Guy Martinet, était un "grand humaniste et historien ayant pris part à la lutte pour l’indépendance du Maroc" titrait un journal local.
Décédé le 19 mai 2003 à l’âge de 83 ans dans une clinique de Montpellier où il était soigné, il avait tenu à ce que son corps soir ramené au Maroc, son pays d’adoption...

Lors de la célébration de sépulture à Casablanca où se sont retrouvés dans une église comble tous ses amis musulmans, juifs et chrétiens... du premier ministre de l’époque au plus pauvre, le Père Bertrand Couturier a résumé la vie de cet homme de Foi profonde...

Homélie du Père Bertrand :

Guy Martinet, dans sa modestie, a une personnalité tellement riche qu’il est bien difficile de l’évoquer en quelques minutes.
Guy, c’est d’abord un ami, l’ami passionné du Maroc et de ses habitants ... , l’ami proche de toute personne qui avait besoin de lui.
Passionné par le développement du pays, Guy connaissait bien et les quartiers périphériques de "sa" ville et les conditions de vie de certains villages isolés du Sud ... et il découvrait tout ce qui pouvait être fait pour aider des personnes en difficulté sans en faire des assistés, pour aider des prisonniers à se réinsérer, des handicapés et des malades à se remettre debout. Des associations marocaines ont trouvé en lui un collaborateur efficace ... Caritas aussi. Un sens très profond des Droits de l’homme l’animait en tout cela.

Mais toute sa vie, Guy Martinet a été aussi un historien et un formateur... Formateur de jeunes lycéens qui ont rencontré en lui un professeur méthodique et exigeant, mais surtout un homme passionné par l’histoire du Maroc, celle du passé et plus encore celle du présent à construire. Dans les années 60, il a collaboré à l’équipe d’historiens de valeur, marocains et français, qui nous a donné en 1967 la précieuse "Histoire du Maroc" ; il avait été chargé en particulier des XV, XVI et XVIII ème siècles.
Guy aimait communiquer sa connaissance de l’histoire du Maroc ... Pendant des années, il l’a fait pour les jeunes "coopérants étrangers" qui venaient pour un temps dans l’enseignement, la santé, ou le service d’entreprises il voulait les aider à découvrir le pays dans lequel ils arrivaient pour servir. Avec grande attention et patience, il accueillait chez lui de jeunes chercheurs marocains en quête de conseils et de documents en vue de commencer leurs recherches universitaires.

Certes, un homme aussi passionné ne pouvait rester passif dans l’attente de l’Indépendance. En 1954, il signa la "lettre des 75" adressée au Président de la République ce qui lui valut quelques ennuis avec les autorités du Protectorat. Dix ans plus tard sa solidarité avec des élèves manifestant fut peu appréciée.

Assez souvent l’historien et l’archéologue se rencontrent dans les mêmes personnes. Ce fut le cas de Guy , aidé en cela par ceux des siens qui déjà s’adonnaient à l’archéologie : Il a collaboré avec des archéologues marocains et publié des articles dans le bulletin d’Archéologie marocaine ; il a écrit une étude sur les gravures rupestres du Sud marocain.

Et de Montpellier, où il venait de partir pour son TRT ... à deux jours de sa mort ... apprenant le drame qui avait touché sa ville, dans la nuit du 16 Mai 2003, une exclamation pleine d’amitié blessée lui avait échappé. Elle restera une de ses dernières paroles de tendresse pour son pays d’adoption ...

Après cette trop brève évocation de quelques pôles d’engagement de Guy, je ne peux pas taire un aspect fondamental de sa personnalité : Guy a été un vrai croyant , humble et convaincu, en relation avec Dieu dans la prière personnelle qui transforme le regard que nous portons sur les personnes, le monde et nous mêmes.
Comme chacun de nous, il a eu ses faiblesses et ses générosités, comme beaucoup de chrétiens au Maroc, il a eu la chance de vivre et d’approfondir sa foi de chrétien, en relation avec d’autres vrais croyants, qui, dans une autre tradition religieuse que la sienne, cheminent eux aussi sous le regard du même Dieu.

Guy a su accueillir dans leur différence ces croyants comme lui au Dieu Unique, et ces croyants, qui croient autrement que lui. Et il a su se réjouir de leur foi comme lui-même se réjouissait de la sienne.
Avec la patience de l’historien qui compte avec le temps, il a accueilli aussi et respecté dans leur cheminement ceux qui n’avaient pas encore rencontré Dieu. Sa sérénité, dans ces relations inter religieuses, montre qu’il avait dépassé les préjugés, les amalgames et les rancœurs qui mènent au rejet de l’autre, à la violence, parfois au meurtre.
Sa foi est alors devenue la source jaillissante de son amitié offerte à tous. Il avait découvert que Dieu est à la recherche de tout ce qu’il y a de beau, de vrai dans un homme.
Le texte de l’Evangile (en Mathieu 25) nous rappelle qu’au jour du jugement, Dieu nous demandera compte de notre accueil, de notre respect, de notre service des autres et qu’Il s’identifie avec insistance aux situations des plus défavorisés. Nos trois traditions religieuses monothéistes se retrouvent bien dans cette même intuition : Nous le savons tous, la qualité de notre relation à Dieu se vérifie dans la qualité de notre relation aux autres ; le service de Dieu ne peut se réduire à un culte et Dieu prend à son compte l’indifférence ou l’injustice dont nous pourrions être responsables vis-à-vis des autres dans chacune de nos traditions, des textes très beaux très forts l’affirment, vous le savez bien.

Guy, nous avons eu la chance de te rencontrer sur notre route. Pour tout ce qui a été beau et vrai dans ta vie, pour tout ce qui a été signe en toi de l’amour que Dieu porte à tout homme, nous lui rendons grâces ce matin. Qu’Il t’accueille - et nous avec toi un jour - qu’Il t’accueille dans sa lumière, son pardon et sa paix.

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