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» Frère Bertrand Couturier

 

un texte du Frère Joël Colombel 

IN MEMORIAM FRATRIS NOSTRI CARISSIMI BERTRAND

Venu une première fois au Maroc pour « changer d'air » et consolider une convalescence prolongée au couvent de Paris, suite à une sérieuse épreuve de santé, le fr Bertrand découvre le pays d'un aîné, compagnon d'infirmité au même couvent, et tant admiré : le fr Jean-Mohammed Abdeljalil.

Immédiatement plongé dans le bain meknassi, à la fraternité de  Driba, avec les frères Othon et Daniel, il contracte la vocation spécifiée au chapitre XVI de la première règle. Désormais son chemin est tracé. Avec l'accord de sa Province mère et fort de l'amitié de ses frères en formation, il reçoit l'obédience à laquelle il sera fidèle jusqu'au jour où celle-ci le ramènera, épuisé, pour se préparer à la rencontre de son bien-aimé Seigneur.

Il n'a vraiment rien fait pour ‘graver  son nom sur cette terre', mais comme le dit quelque part St Paul, sa mémoire est inscrite en bien des cœurs de ses frères et sœurs franciscains, marocains, paroissiens... sans oublier  sa famille de sang et d'esprit.

Deux dates précises jalonnent sa tâche de Custode ( gardien) de ses frères de la Custodie des SS Martyrs. Du 3 juillet 1990 au mois de mai 1999. Pour le reste, les lignes qui suivent essaieront  à partir de souvenirs, d'évoquer le labeur de ce serviteur infatigable.

Epris du pays qui l'accueille, avec le sérieux et la rigueur qui le caractérisent, il s'attelle à la connaissance de sa langue et de son histoire. Il obtient le diplôme l'habilitant à enseigner en faculté au moment où le Maroc acquiert son indépendance. Considérant que la mission de transmettre aux élites en formation leur propre héritage, revenait à des professeurs nationaux plutôt qu'à un étranger, il décide de s'investir dans un autre service qui le passionnera tout autant : le soin des corps.

Il retourne donc sur les bancs de l'école, commençant par une formation à la Croix Rouge. Au terme, il sera recruté dans la Santé Publique comme moniteur à l'Ecole des infirmiers diplômés d'Etat et gardera une grande admiration pour bon nombre de ses cadres, tout particulièrement la Directrice de cette institution dont le nom revenait souvent sur ses lèvres.

S'il vivait foncièrement son sacerdoce dans son assistance aux malades, il n'oubliait pas pour autant la dimension pastorale auprès des fidèles chrétiens de petites paroisses de bled comme Rommani ou de grandes villes comme Marrakech, sans compter sa disponibilité vis-à-vis du diocèse, compte tenu de ses compétences linguistiques et culturelles.

Particulièrement attentif à la prédication dominicale et à la catéchèse auprès des enfants, il a accompagné nombre de personnes au plan spirituel, laissant le souvenir d'un précieux discernement allié à une grande miséricorde.

Il aimait aussi  partager ses connaissances en faveur de maints groupes informels désireux d'approfondir leur relation au Maroc et à ses habitants, lui-même demeurant très proche d'humbles familles qu'il soutenait dans toute la mesure de ses possibilités.

Elu Custode et renouvelé à deux reprises, il a consacré une attention particulière aux frères en difficulté, spécialement aux malades, mettant concrètement au service de ces derniers ses compétences d'infirmier.

Son souci de la relève l'incita à apprendre l'Espagnol, dans des conditions physiques bien éprouvantes afin de voler jusqu'au Mexique quêter et ramener au Maroc frères mineurs et sœurs clarisses, à la suite de l'appel adressé à l'Ordre entier par le fr Gilles au Congrès de Bengalore.

Il fut également, en collaboration avec les frères  des entités Espagnoles, l'artisan convaincu et efficace de l'érection de la Fédération Franciscaine au Maroc.

Tous ces engagements ne lui faisaient pas perdre le contact avec les siens. A son frère médecin et à sa famille, à sa sœur Dominicaine si proche pour bien des raisons, à la sœur déjà rappelée par le Seigneur il portait une affection et une reconnaissance qui prennent maintenant une autre dimension. Qu'ils nous permettent de les rejoindre dans leur deuil avec toute notre sympathie et prière fraternelle.

Je l'entends me dire : « Assez comme ça... » et m'empresse donc de conclure :  Bertrand, frère très cher, tu n'étais pas l'homme des effusions, mais ton regard plein de ciel nous a accompagné fidèlement et bien souvent encouragé à la suite de Celui que nous voulons aimer mieux et qui t'a maintenant accueilli pour la Gloire du Père et notre joie. Lahu sh-shukr wa l-hamd ila l'abad !

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