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Élisabeth Lafourcade 1903-1958
Une femme « grande Marabouya »

Fille d’officier colonial, née au camp de Mourmelon, le 18 septembre 1903,
Élisabeth Lafourcade connut la souffrance dès ses premières années. Des crises d’asthme secouaient sa constitution délicate. Elle se souvint toujours du dévouement, de la douceur avec laquelle sa mère la soignait. Mais celle-ci mourut prématurément, et ensuite, son frère aîné, puis son père lui furent enlevés. Sa grand-mère maternelle la recueillit. Après quelques séjours en Afrique avec son père militaire, elle se sentit appelée à aller vers ces populations pauvres pour les secourir. La vie du père de Foucauld, qu’elle lut plus tard, rendit encore plus ardent son désir de les servir et de les aimer. Mais, était-ce possible qu’une femme partit en Afrique comme le père de Foucauld ? À quinze ans, elle formulait ainsi sa prière : « Je ne veux pas me marier, je ne veux pas me faire religieuse..., je veux vous servir : éclairez-moi. »

Elle entreprit des études de médecine, et une fois acquis son diplôme de doctorat, elle se mit à la chirurgie et y réussit pleinement. L’une de ses compagnes d’études dira plus tard : « Elisabeth souhaitait aller le plus loin possible, au voisinage des missionnaires les plus avancées, mais indépendante d’elles, pour de là, s’enfoncer plus avant et porter le plus loin possible, aux malades du Sahara, le témoignage de la charité du Christ. »
Elle trouva dans l’Association de Jésus-Ouvrier, plus tard érigée en institut séculier, le point d’appui dont elle avait besoin pour mener à bien son désir d’adolescente : ni le mariage, ni la vie religieuse ; mais le service de Dieu, dans les plus pauvres. Avant de s’y engager par les vœux de pauvreté, de chasteté et d’obéissance, elle ne posa qu’une question : « Pourrai-je partir en Afrique et porter aux populations musulmanes le témoignage évangélique de ma vie donnée au Christ ? » Après qu’on le lui ait assuré, elle se décida et elle prononça sa consécration définitive le 15 décembre 1929, en se disant : « Dans le monde on se marie pour toute la vie ... Moi, je veux me donner au Christ pour toujours. » Et sa vocation à elle, de se donner au Christ pour toujours, sera en étant toubiba (médecin), auprès des plus défavorisés, durant vingt-six ans.
C’est tout d’abord à Tunis. Mais, ce ne fut pas facile au début, pour des hommes musulmans, d’avoir à faire à une femme médecin, qui, en plus, assistait à la messe tous les matins, revenait encore à l’église l’après-midi et portait une chaîne et une croix au cou. Mais elle est très rapidement reconnue pour ses grandes qualités et finalement elle est estimée et aimée par tous.
Ensuite, elle passera quelques années en Algérie, et finalement elle aboutit au Maroc. Meknès d’abord, puis Fès et finalement Ksar-er-Souk - qui est devenu plus tard Errachidia, dans le Tafilalet, région saharienne du Maroc.
Là, elle reçoit le poste de chirurgien-chef de l’hôpital. D’emblée, Élisabeth aime cette région du Tafilalet. Elle admire ses montagnes, ses vallées, ses palmeraies. Mais plus encore, dans ces décors splendides, ce sont les pauvres qui l’attirent, les malades : c’est au milieu d’eux que sa vie va se consumer et que la mort viendra la prendre à la fleur de l’âge, comme un épi déjà mûr qui a donné du cent pour un. Élisabeth a su se faire marocaine avec les marocains, berbère avec les berbères. Elle était là comme témoin du Christ, elle se mettait à leur service avec le « tact de l’amour du Dieu qui, par son Esprit , suggère les paroles qu’il dirait lui-même à ses préférés, les pauvres, les malades... » «  Que votre vie crie l’Évangile » avait dit le père de Foucauld. Sur les pistes du Tafilalet, le reste de la vie d’Élisabeth Lafourcade sera de faire écho à cet appel. En décembre 1955, lors d’un séjour en France, Élisabeth, qui souffrait du bras droit, découvre qu’elle a un cancer. Opéré une première fois en janvier 1956, le cancer se généralise un an plus tard. Elle n’a plus qu’une année à vivre. Une année qu’elle ne veut pas perdre en traitements inutiles ; mais elle préfère, dit-elle, « utiliser le temps où je suis encore capable de travailler pour les malades ». C’est le 7 janvier 1958 qu’elle remettait son âme à Dieu après « avoir gardé le tablier de service, jusqu’à ce que le bistouri lui tombe des doigts ».

Quelques extraits de ses écrits :

Son programme de vie - 1929-1937
« Pouvoir dire à la fin de ma vie comme Notre Seigneur : Tout est consommé. Donner mon rendement maximum. » « Me rappeler pourquoi je suis venue en Afrique : pas pour réussir dans ma carrière, pas même pour la joie d’exercer une spécialité plus aimée, mais pour les musulmans. » « Annoncer l’Évangile, non en le prêchant, mais en le vivant. Vivre de l’esprit de foi. Que sera toute ma vie donnée au Christ en comparaison de ce qu’il a souffert pour moi ? »

Retraite pour se préparer à sa nouvelle mission au Tafilalet - 1948 « Avoir un plus grand soin des âmes pour lesquelles Notre Seigneur a donné sa vie ; voir dans tous les êtres qui m’entourent des rachetés qu’il s’agit justement de faire profiter de la Rédemption. Me dire que, quand je heurte les gens, quand je les blesse au lieu de les attirer, c’est la Passion du Christ que je gaspille. »

À une revue qui avait posé la question suivante :

  • La vie intérieure et les exercices de prière d’une consacrée dans un Institut séculier peuvent-ils s’intégrer dans une vie apostolique au service de tous ceux qui ne connaissent par la religion ou la discréditent ? Elle répond :

« Je vis dans un milieu musulman et parmi des religions non-chrétiennes : je ne suis pas si gênée pour tenir mes engagements. Tous ceux qui me connaissent - et ils sont nombreux - savent que je suis catholique. Ils ne prennent pas ombrage de ma fidélité à ma religion, mais au contraire, ils m’en estiment plus. Ils disent : « La toubiba est droite. Elle sert Dieu. Elle ne connaît que sa maison, son église, son hôpital est ses malades. » Mon chauffeur musulman qui me conduit dans la « sanitaire » n’est pas surpris de me voir dire mon bréviaire, mon chapelet assise à côté de lui. Il respecte ma prière et garde le silence. De là, vont-ils déduire mon appartenance de consacrée au Christ ? Je ne le pense pas. Mais ce que je sais, c’est que je suis venue au milieu d’eux pour apporter la présence du Christ que tout apôtre possède en son âme par la grâce. Ainsi, je réalise pleinement ma vocation, par mon témoignage de consacrée. »

Ce témoignage ira, dans ses derniers jours - alors qu’elle était à bout de force - jusqu’à « se faire transporter en brancard jusque auprès des malades qu’elle voulait suivre encore ...
Elle n’avait plus qu’un ambition : remplir ses journées en étant utile aux autres et, le soir venu, se coucher simplement auprès de ceux qu’elle avait secourus. » Voilà jusqu’où l’amour des autres, conséquence de son amour pour Dieu, a pu aller. À ses obsèques, c’est une marée humaine, qui est là, silencieuse, le spectacle était impressionnant. Pour y être, certains auront fait deux cents kilomètres à pied. Tel fut l’hommage que des Marocains rendirent à celle à qui on avait prédit qu’ils ne se laisseraient pas soigner par une femme.
Sur sa pierre tombale, au texte prévu par son Institut, on avait ajouté spontanément : « Souvenez-vous que c’était une sainte. » J.P. Flachaire

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