You are here

» DIALOGUE EN HUMANITE / Quel avenir pour les religions ?

Cette conférence débat était organisée le 31 octobre par l'équipe dirigeante de HEM Rabat.

Y participait :

M. Albert Guigui (Grand Rabin de Bruxelles), Mgr Vincent Landel (Archevêque catholique de Rabat),M. Jean Bauberot (Sociologue), M.Ghaleb Bencheikh (présentateur del'émission "islam" sur France 2)

 

Nous reproduisons ici

l'intervention de notre évêque, 

 

 Dialogue en Humanité : Quel avenir pour les religions ?

 

         Si l’on parle de dialogue en humanité, il me semble qu’il ne faut pas se contenter de grandes manifestations académiques….Mais il faut prendre les personnes de la base. Car je crois que tout se construit à partir d’un dialogue de la vie. Pour moi le dialogue qui fait avancer l’humanité dans un sens de paix, de sérénité, d’acceptation, d’estime, de connaissance, est

-        

le travail que des croyants de toutes religions font ensemble….le travail du quotidien, dans nos entreprises, dans nos universités ou écoles, dans des engagements familiaux, sociaux ou associatifs que nous pouvons avoir ensemble. C’est à partir de là que nous nous connaissons, nous reconnaissons, nous estimons et que l’humanité grandit

-        

ou la réflexion commune sur des grands thèmes d’actualité comme la paix, le développement des peuples, la famille, la femme, l’enfant, la migration…..Nous ne serons pas toujours d’accord, mais nous aurons grandi car nous nous serons écouté en toute humilité. Personne ne peut se dire supérieur à l’autre ; personne ne peut se dire être le seul à posséder la vérité Dans la mesure où nous n’essayons pas de convaincre l’autre, mais seulement de partager honnêtement et dans le respect mutuel de nos convictions, l’humanité grandit.

 

Pourquoi je vois un bel avenir pour la religion catholique dans ce dialogue d’humanité ?

 

Il y a d’abord tout le message de l’Évangile que Jésus, Fils de Dieu, nous a rendu concret. Et sur le sujet qui nous intéresse, il y a eu un texte fondamental au Concile Vatican II (relations de l’Église avec les religions non chrétiennes, Nostra Aetate) qui nous dit au N°2 : « L’Église catholique considère avec un respect sincère ces manières d’agir et de vivre proposées par les autres religions, ces règles et des doctrines qui, quoiqu’elles diffèrent en beaucoup de points de ce qu’elle-même tient et propose, cependant apportent souvent un rayon de la vérité qui illumine tous les hommes » ….et au N°3, par rapport à l’Islam : « l’Église regarde avec estime les Musulmans….et demande de s’efforcer sincèrement à la compréhension mutuelle, ainsi qu’à protéger et à promouvoir ensemble pour tous les hommes, la justice sociale, les valeurs morales, la paix et la liberté »

Si l’on s’engage sincèrement à vivre cela, n’est-on pas dans un dialogue d’humanité vrai !

 

 

 

 

1-   

D’autres personnes plus compétentes que moi pourraient définir ce qu’est la religion ; mais pour moi la religion est ce chemin qui « relie l’Homme à Dieu » ; ce chemin que j’ai à accueillir avec ce que je suis et je suis libre de le prendre dans un sens ou dans un autre. Le message fondamental que le Christ nous a apporté, de la part de Dieu, c’est la Liberté dans le sens noble du terme, « Je fais de vous des êtres libres » nous dit l’Ecriture. Cette liberté qui va me conduire dans tous les secteurs de ma vie, jusque dans ma liberté de conscience et ma liberté de choisir telle ou telle religion ou de ne pas en avoir ! La liberté n’est pas contraire à une quelconque autorité du magistère qui n’est pas là pour condamner ou lancer des anathèmes, mais pour donner des repaires que j’accepte ou peut refuser. Cette liberté me permettra d’être ce que je suis, mais en même temps d’accepter l’autre dans ce qu’il est. N’est-ce pas un premier pas dans un dialogue d’humanité !

 

2-   

La religion catholique invite à poser un regard aimant sur les personnes, quelque soit leur culture, leur nationalité, leur religion. En tant qu’être humain, l’homme est digne d’être aimé, sans attendre qu’il soit parfait, sans attendre qu’il pense comme moi. C’est son humanité très concrète qui le fait devenir mon frère. Ce n’est pas un regard compatissant ou de supériorité ; mais tout simplement un regard qui a pour source mon « être intérieur », mon cœur. Ce regard aimant me permettra

a.    

de l’accueillir,

b.   

de le respecter sur son chemin

c.     

de l’estimer, tout simplement car il est mon frère

d.   

de faire des choses avec lui en essayant de le comprendre

 

3-   

Vous l’avez peut-être lu ou entendu, mais notre pape François nous parle sans cesse de ne pas condamner, de ne pas juger, il nous invite à vivre la miséricorde et la tendresse à l’image de cette miséricorde que Dieu nous manifeste. La encore ce ne sont pas des discours, mais c’est tout son être qui manifeste cela, c’est tout son être qui en vit. Et catholique, nous nous retrouvons sur ce chemin qui nous conduit vers Dieu. Ce chemin n’est pas facile, nous n’y arriverons pas d’un seul coup….mais c’est celui que nous sommes invités à emprunter. Si nous vivons cela dans notre concret n’est-ce pas alors qu’un véritable dialogue d’humanité pourra se construire.

 

 

 

 

 

 

Tous les soirs, je me délecte à lire ses deniers discours ou ses dernières prises de position, et j’en déduis pour moi des chemins de conversion pour avoir ma véritable place dans ce que je vis. Sans bien connaître la religion des autres, je crois que tous nous pouvons nous retrouver dans un tel langage et dans une telle attitude.

 

4-   

La religion catholique nous rappelle sans cesse que le responsable, quel qu’il soit est avant tout un serviteur. Le responsable n’est pas celui qui cherche à exercer un pouvoir et à avoir une quelconque puissance. Le responsable est un serviteur de l’autre, de ses subordonnés…..il sait les écouter, les valoriser….il ne doit y avoir aucune trace de supériorité. Un responsable doit être un serviteur de son pays, un serviteur de l’humanité. Je pose très souvent cette question aux étudiants subsahariens qui sont dans les universités marocaines : « Vous faites de hautes études, vous aurez demain des responsabilités soit politiques, soit économiques, au moins familials…..mais pourquoi faites-vous telle ou telle sorte d’étude ; c’est pour remplir votre portefeuille ou bien pour vous mettre au service de votre pays ! » Ce n’est pas facile dans ce cas de faire un choix qui soit en concordance avec la religion catholique ; mais la religion n’est-elle qu’un petit espace dans ma vie ou je viens prier ; ou bien la religion donne un esprit qui doit envahir et éclairer tous les espaces de ma vie ? N’est-ce pas ce sens de la responsabilité qui permettra un dialogue d’humanité, car il n’y aura plus toutes ces différences, que j’ose appeler indécentes, de salaire ou de niveau social ?

 

5-   

La religion catholique nous rappelle sans cesse notre responsabilité par rapport au développement de nos pays. N’est-ce pas alors un engagement politique ; non pas qu’il y a une politique catholique ; mais il y a des catholiques, éclairées par les valeurs de l’Evangile qui veulent servir leur pays en s’engageant dans la politique. Et dans ce secteur n’y a-t-il pas tout un dialogue d’humanité à faire ? Un pays ne peut se développer que s’il y a un véritable dialogue entre des personnes de bonne volonté…..offusquons nous de voir des chambres de députés qui deviennent des foires d’empoigne, sans aucun souci du bien commun (on nous en montre trop souvent des images sur nos écrans de télévision).

 

 

 

 

 

 

 

 

6-   

La religion catholique nous invite à un dialogue dans l’estime, le respect, l’accueil de l’autre. C’est ce dialogue qui entraîne une meilleure connaissance réciproque. Et ce dialogue n’a rien à voir avec une quelconque suprématie, avec un quelconque prosélytisme. Peut-être que certains d’entre vous avez travaillé avec des chrétiens à telle ou telle occasion ; peut-être que certains d’entre vous venez des écoles catholiques au Maroc ; peut-être que certains d’entre vous avez travaillé avec des associations avec des pères ou des Soeurs. Ils ont peut-être répondu à vos questions si vous en avez posé ; mais ils n’ont pas essayé de vous dire que nous « étions les meilleurs ».  C’est pour cela qu’il y a pu y avoir dialogue.

 

En guise de conclusion, je me permettrai de dire que le dialogue en humanité ne peut  se faire que dans une dynamique de la gratuité, c’est au moins ce que nous essayons de vivre en tant que catholique. C’est pour cela que je crois, très fort, à l’avenir des religions quand elles ne sont pas instrumentalisées.

 

                                               +Vincent LANDEL

                                          Archevêque catholique de Rabat

 

Rabat le 31 Octobre 2013