You are here

» "Chrétiens et Musulmans ce que nous avons en commun"

Le PèreJacques Levrat (du GRIC) s'adressait à un public universitaire, exclusivement musulman.à Dar el Hadith el Hassania. .. Et cela à l'invitation du directeur de cet Institut spécialisé dans l'enseignement de l'islam.

Chrétiens et Musulmans, ce que nous avons en commun

                                                                                               Jacques Levrat[1]

Cet exposé commencera par présenter deux expériences personnelles de diversité culturelle et religieuse, elles seront complétées par l'expérience du Groupe de Recherches Islamo-Chrétien (GRIC). De ces expériences pourront se dégager d'une part quelques problèmes communs aux chrétiens et aux musulmans et d'autre part les fondements religieux qui leur sont communs. Nous terminerons sur une note d'espérance.

-1- L'expérience de dialogue

1.1. Une expérience personnelle

Etudiant en théologie, j'ai suivi, de 1955 à 1961, les cours de l'Université Grégorienne de Rome. Nous étions alors pratiquement tous chrétiens, mais nous venions, professeurs et étudiants réunis, de toutes les régions du monde, représentant plus de 80 pays... Ce fut pour moi une découverte merveilleuse, une prise de conscience de la riche diversité de l'Humanité. Cette expérience m'a préparé à m'ouvrir sur les autres cultures et les autres traditions religieuses.

Des années plus tard, à l'occasion d'un doctorat en théologie, j'ai étudié les centres d'études chrétiens en monde musulman[2]. Cette étude a été l'occasion d'un long voyage d'une année qui m'a conduit à Alger, Tunis, Le Caire, Beyrouth, Damas, Delhi, Hyderabad, Bangalore, Lahore, Rawalpindi, Téhéran, Istanbul... Cette nouvelle expérience m'a permis de découvrir divers visages de l'islam, comme du christianisme. J'ai mieux compris combien les cultures  marquaient la réception des messages religieux... Il n'y a donc pas de dialogue aisé entre des entités aussi complexes et variées que sont les communautés chrétiennes et les communautés musulmanes à travers le monde : je ne pourrai jamais rencontrer ‘l'islam', pas plus que le ‘christianisme'... Cependant, je pouvais rencontrer des musulmans dans leur diversité... Il m'a donc semblé préférable, pour entrer dans un vrai dialogue religieux, de partir de l'expérience vécue par des personnes. 

1.2. Au Maroc

En 1967, j'ai été envoyé, comme prêtre, au service des coopérants étrangers travaillant au développement du Maroc. Ces coopérants étaient en majorité de nationalité française, mais venaient aussi de l'Europe de l'Ouest comme de l'Est, d'Amérique, d'Asie... Ensemble, nous avons fait effort pour nous mettre à l'écoute des Marocains. Ecouter, pour être à même de mieux comprendre et servir l'autre, en respectant sa culture, sa personnalité. C'est pourquoi nous avons organisé de multiples conférences, tables rondes, réunions diverses, animées par des Marocains : historiens, sociologues, géographes, juristes, imams, écrivains... Peu à peu cette expérience d'écoute a renouvelé notre regard sur le Maroc et les Marocains : libéré de nombreux préjugés et libéré de la peur de l'autre, notre regard est devenu plus fraternel

Ainsi des liens d'amitié se sont créés entre Marocains et étrangers et, après des années d'amitié, un petit groupe de dialogue islamo-chrétien s'est mis en place très naturellement, à Rabat. Nous avons commencé à partager nos expériences religieuses, avec sérénité ; puis à réfléchir sur divers thèmes que nous souhaitions aborder ensemble.

En 1976, nous avons reçu une invitation à participer à une grande rencontre interreligieuse organisée, en Libye, par le Colonel Kadhafi... Après un temps de réflexion, nous n'avons pas accepté cette invitation vu son caractère officiel et les risques de dérapage politique. Ce n'était pas notre style, nous tenions à conserver notre liberté, notre indépendance.

Des amis de Tunisie, qui avaient eu la même réaction que nous face à ce colloque, et qui avaient déjà une bonne expérience du dialogue, grâce à des experts en la matière - le professeur Abdelmajid Charfi et le père Robert Caspar -, nous ont alors proposé de nous associer à eux, et à d'autres groupes qui se cherchaient en Algérie et en France, pour engager un dialogue sur des bases religieuses solides.

1.3. Le GRIC

Ainsi est né, en 1977, le GRIC (Groupe de Recherches Islamo-Chrétien). Nous avons élaboré une charte[3] précisant le caractère scientifique de notre recherche, l'indépendance de ses membres par rapport à toute  institution, et la solidarité de ceux-ci avec leurs communautés respectives, solidarité devant se traduire par la publication de nos travaux.

Aujourd'hui, après 30 ans d'existence, le GRIC a produit cinq livres[4], signés, librement, par chacun des participants, tant chrétiens que musulmans. Il poursuit aujourd'hui son travail avec l'apport d'un groupe au Liban[5].

Cette méthode de travail commun est nouvelle et le bilan semble très positif. Il est certainement dû au respect des orientations choisies, à la qualité de l'écoute et des relations humaines dans chacun des groupes ; mais surtout aux motivations profondes des divers membres. Je tiens à préciser que chacun a toujours travaillé gratuitement, en  donnant beaucoup de son temps à cet engagement... Si nous n'avons pas gagné un seul centime, nous avons gagné beaucoup plus que cela, car les participants ont pu, grâce à ce travail, être stimulés par les questions de l'autre. Ils ont non seulement renouvelé leur regard sur l'autre, mais ont aussi été conduits à approfondir leur propre foi...

- 2 - Des problèmes communs

2.1. La lecture de nos Ecritures

Le GRIC a choisi de consacrer ses premiers travaux aux Ecritures, chrétienne et musulmane, car il s'agit là d'une question fondamentale, préalable à toute autre recherche. Certes le statut de nos Ecritures n'est pas le même dans les deux traditions : le Coran est au centre de la foi musulmane, alors que du côté chrétien c'est la personne de Jésus qui est au centre de la foi, le texte du Nouveau Testament étant un document indispensable à la connaissance de la personne du Christ. Des statuts différents certes, mais un problème fondamental pour les uns comme pour les autres.

Nous nous sommes appuyés sur les nombreux travaux actuels concernant la lecture et l'interprétation des textes en général, mais s'appliquant aussi aux textes religieux. Ensemble, nous avons pu reconnaître de nombreux points communs aux chrétiens et aux musulmans. En voici deux exemples :

- « Toute nouvelle lecture, historiquement conditionnée, est créatrice de sens. Il ne s'agit pas de lire le texte comme si la lettre épuisait la plénitude de la Parole de Dieu » (p.29).

- « La révélation est toujours indirecte, c'est-à-dire qu'il n'y a pas de révélation immédiate du sens de paroles divines qui seraient prononcées par Dieu lui-même. Autrement dit, la Révélation est toujours Parole de Dieu en langage humain » (p.27).

Le regard sur l'Ecriture de l'autre s'est aussi renouvelé :

- La lecture du Coran « révèle au chrétien qui l'effectue sans préjugés une expérience profonde de Dieu. Il y a des cris qui ne trompent pas...Elle se révèle en s'exprimant, dans un langage le plus souvent poétique ou lyrique. Le Coran en porte les traces indubitables... On ne peut admettre qu'une expérience et un message d'une telle qualité et d'une telle fécondité soient le fruit du jeu des seuls facteurs humains, Dieu y restant passif et indifférent » (p.103-104)

- Et du point de vue musulman : « telle qu'elle est, l'Ecriture chrétienne peut intéresser le musulman. Il peut y trouver un accent mis sur certaines valeurs qui ne sont certes pas absentes dans le Coran, mais qui sont insuffisamment cultivées en milieu musulman, alors qu'elles sont fortement mises en relief dans le Nouveau Testament, telles que l'amour, le pardon, le refus de tout pharisaïsme, l'intérêt porté à l'esprit plutôt qu'à la lettre de la Loi, etc. » (p.137).

Les musulmans ont tenu à préciser que la question de la falsification des Ecritures, juive et chrétienne (tahrif), était en réalité une question d'interprétation du texte. Cela a été affirmé clairement par des savants musulmans qui font autorité tels : Ibn Sina, Ghazali, Ibn Khaldoun, Mohamed Abduh (p.127), pour ne citer qu'eux... Et, en ce qui concerne certaines interprétations de sujets sensibles tels : ‘Jésus fils de Dieu', la ‘crucifixion', ‘l'annonce de la prophétie de Muhammad'..., ils tiennent que : « L'interprétation de ces passages dans l'islam n'a pas toujours été aussi figée qu'on le pense. Elle a été simplement dominée par une idéologie polémique et combative qui a toujours accentué les divergences » (p.133).

Nous avons aussi constaté ensemble que nos communautés avaient les mêmes problèmes de lecture, de connaissance et de transmission de leurs propres écritures. Par exemple, nous ne lisions pas assez attentivement nos textes, insistant parfois sur des aspects secondaires et oubliant des notions fondamentales, en particulier les enseignements de caractère universel, pour privilégier ce qui est propre à la communauté[6]. Mais aussi nous risquons de banaliser les textes religieux en particulier dans leurs usages scolaires et médiatiques, à la télévision par exemple, lorsqu'un texte des Ecritures est placé entre des spectacles de variétés !

2.2. Foi et justice, religion et modernité

Si nous avons de multiples problèmes communs dans nos relations à ces Ecritures, cela se retrouve également dans leur mise en pratique. Nous l'avons étudié en ce qui concerne plus directement la justice.

Un texte, rédigé par le groupe de Rabat, pose  bien le problème :

« Dans le passé de nos communautés, les efforts de justice se sont le plus souvent attachés à faire advenir une chrétienté où régnerait la justice, une société musulmane également juste. Ces schémas ont été temporairement opératoires, mais nous devons, aujourd'hui, aller au-delà...

Les graves disparités matérielles, mais aussi culturelles, qui traversent notre monde, les débauches d'armement, l'avenir de la recherche, etc., ne peuvent être analysés qu'au plan international, et des solutions ne se dessineront qu'à ce même niveau, et non sans douleur...

Réfléchir et agir au plan international implique d'unir nos énergies à celles de tous les hommes de bonne volonté, ce qui entraîne, inéluctablement, un dépassement du confessionnalisme et donc une certaine sécularisation » (Foi et Justice, p.278-279).

Les travaux du GRIC, qui ont suivi ceux sur les Ecritures et sur la Justice, concernent tous des problèmes liés à l'émergence de la modernité, tels ‘Pluralisme et laïcité', ‘Péché et responsabilité éthique dans le monde contemporain', ‘Les identités en devenir'. Là encore nous avons observé que nos problèmes sont semblables : comment concilier la fidélité à nos traditions et actualiser le message pour le mettre en prise avec la vie actuelle ?[7] Il serait trop long de détailler, ici, ces travaux, mais ils montrent tous que nous sommes, chrétiens et musulmans, confrontés aux mêmes problèmes d'entrée dans la modernité.

Je tiens à faire remarquer que les travaux du GRIC n'ont jamais porté directement sur les personnages dont parlent nos Ecritures. Notre approche étant délibérément scientifique, nous ne voulions pas aborder des sujets pouvant entraîner de graves confusions. Les textes, biblique et coranique, ont chacun leur cohérence propre que nous tenions à respecter. Mais, lorsque des musulmans affirment, par exemple, reconnaître  la personne de Jésus, alors que les chrétiens refusent de reconnaître la personne de Mohamed, qu'est-ce que cela signifie ? de qui parle-t-on ? Il suffit de comparer la lecture, scientifique, de Ali Merad sur Jésus dans le Coran avec la lecture, aussi scientifique, de Abdelmajid Charfi sur Jésus dans les écritures chrétiennes pour comprendre qu'une telle comparaison sera toujours ambiguë et source de malentendus !

Il en irait de même avec les autres personnages communs : Adam, Noé, Abraham, Moïse, David... Même si les lectures sont moins divergentes que celles sur la personne de Jésus, ce n'est pas là que l'on peut trouver des points communs clairs et fermes. Il faut donc les rechercher ailleurs.

- 3 - Les fondements communs

3.1. La Création

Dans nos Ecritures, la Bible comme le Coran, il y a de très nombreuses références au Dieu créateur. Il est le fondement, le socle, sur lequel toute vie repose. Ces textes, souvent lyriques, invitent les créatures que nous sommes à la reconnaissance, à la louange, à l'adoration du Créateur...

Or, dans la tradition chrétienne, depuis le 5ème siècle au moins[8], on n'hésite pas à parler, à propos de la création, du ‘livre de la nature' distinct du ‘livre de l'écriture' (liber naturae et liber scripturae). Le livre de la nature étant à la disposition de l'homme depuis sa création et ayant une dimension universelle. Une nature qui, aujourd'hui encore, nous conduit au Créateur.

Dans la tradition musulmane, il n'y a pas, à ma connaissance, une expression comparable à : ‘livre de la nature' - on la trouve cependant chez des philosophes. Mais, même s'il n'y a pas de terme équivalent, je pense que l'on peut affirmer que dans nos Ecritures la réalité est la même. La sourate 16, ‘les abeilles' est probablement la plus riche sur ce thème : l'expression ‘Il y a là des signes pour vous' revient à plusieurs reprises. Les sourates 6, 13, 35, 36, 55, entre autres, - c'est un thème qui tient une grande place dans le Coran - développent, elles aussi, ce thème de la Création qui nous situe devant Dieu.

Nous, chrétiens et musulmans, avons donc, dans la Création, un message divin, une première révélation qui nous est commune. Elle est un signe, toujours présent, elle est une lumière qui éclaire, aujourd'hui encore, notre foi en Dieu.

Ainsi, le poète marocain contemporain, Abdelmajid Benjelloun, n'hésite pas à écrire dans ses aphorismes : « Il y a en chaque être un murmure vivrier de Dieu »[9]...

Je pense aussi au texte de Victor Hugo :

«Depuis six mille ans la guerre plait aux peuples querelleurs

Et Dieu perd son temps à faire les étoiles et les fleurs »[10].

Si les hommes ne se préoccupaient pas autant des frontières et des murs qui les séparent, ils pourraient consacrer plus de temps à contempler les étoiles et les fleurs. Ils seraient davantage pacifiés et pacifiques !

Dostoïevski l'a bien compris, lui aussi, qui écrit : « La beauté sauvera le monde ».

Les scientifiques, à leur manière, déchiffrent eux aussi le livre de la nature. Le Pape Pie XII, dans un discours qu'il leur adressait a dit qu'ils ‘lisaient le livre que Dieu lui-même a écrit' ! De l'infiniment petit à l'infiniment grand ce ‘livre' n'a pas fini de nous émerveiller...

Et, aujourd'hui, avec la conscience de la mondialisation, les hommes découvrent mieux leur responsabilité de créature ; le respect qu'ensemble, chrétiens et musulmans, avec tous nos frères humains, nous devons porter à cette création qui nous est confiée par le Créateur. C'est ensemble que nous devons prendre nos responsabilités écologiques... Aucune tradition religieuse n'est à même de trouver, seule, une solution aux problèmes de cette ampleur !

Il en va de même pour les autres grands problèmes qui traversent notre monde : famine, pauvreté, guerres, crises financière et économique... Cela rejoint ce que le GRIC a ébauché dans son travail sur Foi et Justice

3.2. L'homme créature de Dieu

Si, par toute la création, Dieu fait signe à l'homme, cela vaut à plus forte raison pour l'Homme lui-même, le sommet de la création. La conscience de notre état de créature, sortie des mains de Dieu, est un fondement commun qui nous invite à la solidarité. Les traditions abrahamiques ont là une sensibilité commune.

La Bible dit très clairement que l'homme a été créé 'à l'image de Dieu', un thème qui traverse les écritures, juive et chrétienne. Cette expression ‘image de Dieu' revient à trois occasions dans le hadith ; elle ne se trouve pas dans le Coran, mais ce dernier évoque le ‘souffle' divin. Une formulation assez proche[11].

Nous ne devons jamais oublier que, malgré le poids de l'histoire et les scories accumulées au long des âges, demeure, au plus profond de toute personne humaine, cette marque, cette trace du Créateur qui fait la grandeur de l'être humain, sa dignité et la source de ses droits.

Cette reconnaissance de la grandeur de la personne humaine est le fondement qui permet de construire une humanité fraternelle. L'Homme créature de Dieu doit toujours être respecté ; on ne peut jamais l'éliminer, que ce soit physiquement ou moralement ! Mieux que cela, nous devons chercher à découvrir le meilleur de lui, qui vient de Dieu, ce dont nous pouvons et devons nous enrichir, ce qu'il peut nous donner, même s'il n'en a pas conscience.

Ainsi, ceux, chrétiens et musulmans, qui réussissent à se dégager de la pression sociale, du bruit et de l'agitation ambiante, superficielle - je pense ici plus particulièrement aux traditions mystique et soufie - peuvent, par leur silence, par la qualité de leur écoute et leur simplicité de vie, non seulement goûter la proximité de Dieu au cœur de leur propre vie, mais encore, la découvrir chez les autres... La qualité de cette rencontre interpersonnelle fait alors vibrer les fibres humaines, les plus profondes, des uns et des autres et permet une véritable communion, au-delà de la diversité des traditions religieuses.

Là, se trouve le fondement ultime, la richesse, et la force du dialogue interreligieux.

- 4 - Un signe d'espoir

En terminant cet exposé, je tiens à vous faire part d'un signe d'espoir.

Dans un discours, prononcé à Ratisbonne, le 12 septembre 2006, le Pape Benoît XVI a commis de graves maladresses qui ont blessé profondément la Communauté musulmane. Ce discours a suscité des critiques sévères, parfois même désobligeantes ; mais il a aussi suscité des réactions positives. Je retiendrai ici celle des auteurs de la ‘Lettre des 138'.

Fatigués des incompréhensions et des malentendus, séculaires, entre chrétiens et musulmans, des lettrés musulmans ont écrit au Pape pour exprimer leur désir d'ouvrir une page nouvelle dans ces relations. Sous l'impulsion, très discrète, du Prince Ghazi ben Mohammed ben Talal, frère de feu le Roi Hussein de Jordanie, des personnalités de tous les pays musulmans et représentant les diverses écoles et tendances de l'islam contemporain - et sans charges politiques officielles - ont adressé une lettre aux ‘responsables des Eglises chrétiennes', dont le Pape. Le ton de la lettre est imprégné de respect avec de belles références à la foi chrétienne comme à la foi musulmane. Citant même, sans aucune réserve, des textes de la Bible et des Evangiles, ce qui est très nouveau.

Le Pape a répondu, avec courtoisie, à cette lettre, souhaitant prolonger le dialogue amorcé. C'est ainsi  que du 4 au 6 novembre 2008 une délégation des ‘138' et des représentants du Saint Siège se sont rencontrés dans un climat très fraternel. Ce climat a permis une belle déclaration finale dont je reproduis ici la conclusion. Elle est dans la ligne de ce que nous avons dit plus haut :

« En tant que croyants catholiques et musulmans, nous sommes conscients de l'injonction et de l'impératif de témoigner de la dimension transcendante de la vie, par une spiritualité nourrie par la prière, dans un monde qui devient de plus en plus sécularisé et matérialiste.

Nous affirmons qu'aucune religion ni ses disciples ne peuvent être exclus de la société. Chacun doit être en mesure d'apporter sa contribution indispensable au bien de la société, spécialement au service des plus nécessiteux.

Nous reconnaissons que la Création de Dieu, dans la pluralité de cultures, de civilisations, de langues et de peuples, est une source de richesse et ne doit par conséquent jamais devenir une source de conflit.

Nous professons que catholiques et musulmans sont appelés à être des instruments d'amour et d'harmonie parmi les croyants, et pour l'humanité entière, en renonçant à toute oppression, toute violence agressive, tout terrorisme, spécialement lorsqu'il est commis au nom de la religion, et en mettant en avant le principe de la justice pour tous.

Les jeunes sont l'avenir des communautés religieuses et des sociétés dans leur ensemble. Ils vivront de plus en plus dans des sociétés multi-culturelles et multi-religieuses. Il est essentiel qu'ils soient bien formés dans leurs propres traditions et bien informés sur les autres cultures et religions »

 

*

Nous voici au terme de cet exposé. Nous sommes partis d'une expérience personnelle, nous avons analysé l'expérience d'un groupe de recherche, puis souligné ce qui semble être de vrais points communs à nos deux traditions, et enfin terminé par une déclaration universelle.

Un même esprit éclaire ces diverses démarches : admiration de l'œuvre divine, de sa diversité et de sa complémentarité, conscience de la dignité humaine et de la dimension religieuse qui la fonde.

Cet esprit de dialogue nous invite à nous ouvrir à nos frères humains pour faire advenir, avec eux, un monde plus juste, plus vrai, plus harmonieux...

         *

           


[1] Texte d'une conférence donnée à l'invitation du Directeur de Dar el Hadith al Hassania, le 18 mars 2009.

(le style oral a délibérément été conservé)

[2] Jacques Levrat, Une expérience de dialogue, les centres d'étude chrétiens en Monde musulman, Christlich-Islamisches Schrifttum, Altenberge, 1987.

[3] Cette charte : ‘Orientations générales pour un dialogue en vérité' est reproduite dans toutes les publications du GRIC.

[4] Livres publiés par le GRIC :

 - Ces écritures qui nous questionnent, la Bible et le Coran, le centurion, 1987, 159p.

 - Foi et justice, un défi pour le christianisme et pour l'islam, Centurion, 1993, 325p.

 - Pluralisme et laïcité, chrétiens et musulmans proposent, Bayard/Centurion, 1996, 265p.

 - Péché et responsabilité éthique dans le monde contemporain, Bayard, 2000, 261p.

 - Chrétiens et musulmans en dialogue : les identités en devenir, L'Harmattan, 2003, 390p.

[5] Pour des raisons internes le groupe d'Alger s'est retiré, un groupe a fonctionné durant quelques années à Bruxelles et un autre à Dakar, mais ils ont eu peine à produire des textes...

[6] Sur ce point, je signale l'analyse très pertinente de Hmida Ennaïfer, « Le Prophète et le monde (arabité et vocation universelle dans le discours coranique) », dans Chrétiens et musulmans en dialogue : les identités en devenir, p. 87-105.

[7] A ce propos je signale le texte très lucide de Omar Azziman, « La sécularisation du droit au Maroc : illusion ou réalité », dans Pluralisme et laîcité, p.115-140

[8] Je fais référence ici à saint Pierre Chrysologue, mort en 450,

[9] C'est d'ailleurs le titre qu'il a donné à un de ses recueils.

[10] Cf. Les chansons des rues et des bois, Garnier Flammarion, 1966, p.249.

[11]  A ce propos on peut consulter dans l'Encyclopédie de l'islam les articles : sûra, nefs, rûh.