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» Charles de Foucauld

Le 13 novembre 2005, Charles de Foucauld va être béatifié. Ce qu’il a vécu sera ainsi proposé comme modèle pour de nombreux chrétiens

Après une enfance douloureuse et une jeunesse tumultueuse, Charles de Foucauld a connu un changement dans sa vie en menant un voyage d’exploration au Maroc de juin 1883 à mai 1884. Déguisé en rabbin, il sillonne le Maroc alors interdit à tout étranger. Ce périple est raconté dans le livre qu’il publie en France à son retour « Reconnaissance au Maroc ». Marqué par la foi des musulmans dont il a été témoin en les voyant prier, il commence alors à se poser des questions sur la foi chrétienne qu’il a abandonnée depuis longtemps... Et quelques années plus tard, il se convertit à l’Eglise Saint Augustin à Paris...

Et à partir de ce moment, toute sa vie est un long compagnonnage avec son Dieu qui le mène d’abord à la Trappe de Notre-Dame de Neiges puis celle d’Akbès en Syrie. Puis un long séjour à Nazareth près du Monastère des Clarisses...Ordonné prêtre, il s’en va s’établir à Béni-Abbès dans le Sud-Algérien, près de la frontière du Maroc auquel il reste toujours très attaché... Et ensuite encore plus au Sud à Tamanrasset parmi les Touaregs. C’est qu’il est assassiné le 2 décembre 1916.

L’actualité du message de Charles de Foucauld

Charles de Foucauld est un prophète pour notre temps parce qu’il est l’inventeur d’une forme de mission destinée au monde non-chrétien, dans le respect et l’amitié. Lors du Colloque organisé à Viviers, en 2001, pour le centenaire de son ordination, Mgr Claude Dagens disait qu’on reconnaît que « Charles de Foucauld est un don de dieu pour le renouveau de la mission chrétienne » et que l’on « doit seulement constater qu’il a fallu un siècle pour que ce don devienne une évidence ». Avec la Déclaration « Nostra Ætate » sur les religions non-chrétiennes et celle, assez novatrice, sur la liberté religieuse, le Concile Vatican II éclaire magistralement cette route que Frère Charles et ses premiers disciples ont commencé à tracer pour tous ceux et celles qui sont témoins de jésus Christ parmi les incroyants ou parmi les croyants d’une autre foi religieuse comme les musulmans.

Son invention est que l’imitation de la vie de Nazareth est la forme d’apostolat qui répond aux appels de notre temps. Il écrivait : « Nous voulons nous attacher à reproduire la vie cachée de Notre Seigneur [à Nazareth] comme saint François d’Assise s’est attaché à reproduire sa vie publique ».

Il s’agit de porter l’Evangile « non pas en le prêchant de bouche mais en le prêchant d’exemple, non en l’annonçant mais en le vivant ». Frère Charles attendait ainsi que ses disciples soient des « évangiles vivants ». « Les personnes éloignées de Jésus doivent, sans livres et sans paroles, connaître l’Evangile par la vue de ma vie... En me voyant, on doit voir ce qu’est Jésus ». dans un texte particulièrement profond, Frère Charles démontre que cette démarche s’inscrit dans la ligne même de l’Incarnation se prolongeant dans l’Eucharistie puis dans notre vie de témoin : « Dieu, pour nous sauver, est venu à nous, s’est mêlé à nous, a vécu avec nous dans le contact le plus familier et le plus étroit, de l’Annonciation à l’Ascension. Pour le salut des âmes, il continue à venir à nous, se mêler à nous, à vivre avec nous dans le contact de plus étroit, chaque jour et à toute heure, dans la sainte Eucharistie. Ainsi, nous devons, pour travailler au salut des âmes, aller à elles, nous mêler à elles, vivre avec elles dans un contact familier et étroit ». On remarque que trois fois, en vue du salut, se trouve répétée l’expression « vivre avec ». Car la vie de Nazareth n’est pas une vie d’ermite cloîtrée, c’est la vie ordinaire de travail et de relations humaines, où les témoins de Jésus-Christ sont « mêlés » à la vie du monde.

Nazareth, « c’est le temps de l’amitié », disait le Père Loew . Une vie d’amitié avec tous, sans frontières : Frère Charles a voulu être « frère universel ». Sous le signe d’un profond respect de l’autre, notre amitié pour lui est d’une absolue loyauté, refusant toute arrière-pensée tactique. L’amitié ne peut être que gratuite, comme le demandait à ses sœurs petite Sœur Magdeleine de Jésus, fondatrice des Petites Sœurs de Jésus, leur parlant « du grand désir d’amitié qu’on doit avoir envers tous les êtres humains, allant à eux simplement parce qu’on les aime et qu’on voudrait le leur témoigner gratuitement, c’est-à-dire sans en attendre aucune reconnaissance ni aucun résultat... même d’apostolat ». A travers les liens d’amitié, laissons le Seigneur agir : « On fait du bien, écrit Frère Charles, non dans la mesure de ce qu’on dit et de ce qu’on fait, mais dans la mesure de ce qu’on est... dans la mesure en laquelle Jésus vit en nous, dans la mesure en laquelle nos actes sont des actes de Jésus agissant en nous et par nous ». Lui seul sait ce qui se passe.

Michel LAFON
Bordeaux

Pour mieux connaître Charles de Foucauld : www.charlesdefoucauld.org

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