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» Albert PEYRIGUÈRE (1883-1959)

D’origine bigourdane, après ses études à Bordeaux, Albert Peyriguère est ordonné prêtre en 1906 et nommé professeur au Petit Séminaire. Brancardier pendant la guerre 1914-1918, il a une conduite héroïque.

Disciple de Charles de Foucauld

Blessé très grièvement, il se trouve condamné au repos, ce qui l’amène à un séjour en Tunisie. C’est là qu’interviennent deux rencontres qui vont orienter sa vie. D’abord, il découvre les musulmans et l’Islam. Ensuite il lit la biographie de Charles de Foucauld, due à la plume de René Bazin et qui vient de paraître (1921). Ce livre révèle au public chrétien le « petit frère universel », mort à Tamanrasset le 1ier décembre 1916. Alors, pour le ¨P. Peyriguère, « tout s’éclaire » : il décide de consacrer sa vie à vivre cet idéal du P. de Foucauld, il en sera un de tout premiers disciples. « Ma pauvre vie a été faite de vivre ce message du P. de Foucauld, elle en a été illuminée, écrit-il vingt cinq ans plus tard, ... de jour en jour elle s’en illumine et s’en exalte davantage ». Après plusieurs essais, qui le conduisent de Tunisie au Sud-Algérien, puis au Maroc, il se fixe définitivement à El Kbab, village du Moyen-Atlas marocain (1928).

Dans la montagne berbère

Au milieu de cette population semi-nomade, il sera celui qui soigne dan sson dispensaire, qui, dans sa pauvre maison, accueille toute misère ; il serra un spécialiste de la langue et de la culture berbères, accumulant de nombreux documents, publiant des articles. Témoin des événements qui vont de l’affermissement du Protectorat avec les combats de la « pacification » jusqu’aux luettes pour l’indépendance (1956), il prendra des positions courageuses, qui le mettront parfois en conflit avec les autorités ? « peut-on se taire devant l’injustice ? demande-t-il. Voyant ce que je voyais, sachant ce que je savais, me taire eut fait de moi le « chien muet » que fustige la Sainte Ecriture. Quelles tempêtes j’ai soulevées ! »

Devenir l’un d’eux

Accaparé toute la journée par les malades et tous ceux qui viennent lui confier leur misère, Albert Peyriguère ne pouvait cependant omettre de passer des heures en prière devant le Saint Sacrement, en particulier la nuit : « C’était ça la vie du Christ lui-même/ Toute la journée avec les foules, la nuit avec son Père. Que c’est bon de ressembler au Christ ». Cet homme si occupé trouvait le temps d’écrire beaucoup : ses travaux de linguistique ou de recherches théologiques au sujet de la pensée du P. de Foucauld. Plusieurs correspondants lui demandaient d’être leur guide et de nombreuses lettres partaient d’EL Kbab. C’est ainsi qu’après sa mort, on a pu blié sa correspondance adressée à une religieuse, sous le titre « Laissez-vous saisir par le Christ ». Ce petit livre a connu un énorme succès et a révélé au public chrétien un maître spirituel pour notre temps.

Albert Peyriguère meurt le 26 avril 1959. Sa tombe, entourée de violettes, se trouve toujours dans le jardin de sa maison, à El Kbab. Il tenait à être enterré au milieu des siens qu’il avait tant aimés. N’était-il pas devenu l’un d’entre eux, comme le déclare le docteur Delanoë : « Ses berbères, il les avait tellement aimés, il avait tellement vécu leur vie que, même biologiquement, il s’était identifié à eux... » Le jour de ses obsèques, un jeune d’El Kbab a exprimé en berbère ce que représentait le Père pour eux tous : « Le marabout n’avait pas de femme et d’enfants. Tous les pauvres étaient sa famille, tous les hommes étaient ses frères. Il a donné à manger à ceux qui avaient faim. Il a habillé ceux qui étaient sans vêtements. Il a soigné les malades. Il a défendu ceux qui étaient injustement traités. Il a accueilli ceux qui n’avaient pas de maison. Tous les pauvres étaient sa famille. Tous les hommes étaient ses frères. Dieu, sois miséricordieux pour lui ! »

Michel LAFON

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