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» 60 ans de présence au Maroc des Petits frères de Jésus

 

Les Petits Frères de Jésus

au Maroc

Cela fait 60 ans que les Petits Frères de Jésus sont venus au Maroc.

La congrégation toute jeune commençait à essaimer au-delà du Sahara où elle était née. Les frères cherchaient à suivre le chemin tracé par Charles de Foucauld. Ses premiers disciples étaient partis au désert parce qu'il y avait vécu ; ils ont d'abord essayé d'y mener en petit groupe une vie monastique très austère, centrée sur l'Eucharistie. Ils se voulaient proches de la population pauvre qui les entourait, et comme leurs représentants auprès de Dieu par la prière, par la pratique de l'Evangile. Comme Charles de Foucauld aimait à le dire : « prêcher l'Evangile, non par des paroles, mais par sa vie ».

 A ces débuts les premiers frères ne pensaient pas être appelés à sortir du désert algérien. Après la seconde guerre mondiale ils s'ouvrent à d'autres horizons. En même temps ils découvrent la façon dont Charles de Foucauld a vécu les dernières années de sa vie à Tamanrasset ; il ne s'agit plus d'une vie monastique réglée par des observances, il s'agit d'une vie de prière, de pauvreté, de travail, en solidarité très étroite avec un milieu de vie. Charles de Foucauld l'a vécu dans un coin du désert, mais il préfère parler de la « vie de Nazareth ». Il veut se faire proche des gens, être leur frère. Pour lui la vie de Nazareth, c'est une offrande d'amitié.

            C'est ainsi qu'au début des années 50, avec l'afflux de vocations qui se manifestent à ce moment, les frères s'en vont de par le monde fonder de petites fraternités dans les milieux pauvres. En Europe ce sera surtout en milieu ouvrier déchristianisé. Nés en pays musulman, les frères gardent une prédilection pour ce monde de croyants qui ignorent le don que Dieu nous fait en Jésus.

 Les frères sont d'abord venus à Marrakech, ils espéraient pouvoir travailler dans l'artisanat. Mais il n'était pas facile de gagner sa vie pour un Européen de peu d'expérience professionnelle, avec la clientèle locale. On retrouve bientôt les frères à Casa, au derb Moulay Cherif ; certains sont embauchés en usine, ou à l'hôpital.

Ce sont les années de la lutte pour l'indépendance ; les frères apprennent peu à peu à se situer dans ce contexte de violence, à comprendre les aspirations des Marocains. Ils trouvent un grand soutien en Mgr Amédée Lefèvre, dont la lettre publique de 1952, appelant les chrétiens à accepter la nécessaire évolution du Maroc, a rencontré l'incompréhension de beaucoup. En août 55 des émeutes éclatent au derb Moulay Cherif ; les voisins des frères les protègent. Quelques mois plus tard les frères participent à l'enthousiasme qui accompagne le retour de Mohamed V.

 L'indépendance n'entraine pas de changements majeurs dans la vie et le travail des frères. C'est l'époque où Gaby passe deux ans avec un autre frère dans le bidonville des Carrières centrales ; il a pu se faire embaucher chez Berliet. Au même moment un frère syrien travaille comme typographe et correcteur arabe dans une imprimerie.

            Vers la fin des années 50 une fraternité ouvre de nouveau à Marrakech ;  Daoud y est affecté comme infirmier. Puis en 62 Daoud peut réaliser son rève de rejoindre le monde berbère : il est chargé du petit dispensaire d'Azgour dans le Haut Atlas. Il y vivra une dizaine d'années avec Sadoq (tous deux sont français, mais à l'époque les frères prenaient souvent des noms du pays). Ils habitent dans une maison du village, construite en terre, et se mettent avec courage à l'étude de la « tachelhit ».

            Pendant ce temps se met en place la fraternité qui deviendra stable à Marrakech, avec deux frères artisans, un ferronnier Gaby et un menuisier, Pierre, puis Paul-François. Gaby travaille seul dans une petite boutique ouverte sur la rue, Paul-François avec deux Marocains dans une cour intérieure. Leur travail artisanal marche bien, des coopérants européens sont leur clientèle principale,  pour les meubles en bois de noyer comme pour les objets en fer forgé.

            Lorsque Sadoq devra renoncer à vivre au Maroc, après des ennuis de santé, Daoud rejoindra Marrakech ; il y est chargé du soin des lépreux dans un petit service de dermatologie. Puis arrive Christian, infirmier lui aussi, qui va travailler quinze ans en réanimation, avant d'être rappelé à Paris pour s'occuper de sa maman âgée.

Yvan est le dernier arrivé, il pourra profiter de l'expérience de Gaby pour s'initier à la soudure, et succéder quelque temps à son « maallem » atteint par la maladie.

Après la fermeture des deux ateliers, il faut maintenant accepter de quitter la maison où nous avons emménagé il y a 40 ans, à l'entrée d'une petite impasse dans le quartier de la Zaouya, le quartier béni par la proximité du tombeau de Sidi bel Abbes. Il a vécu au 12 ème siècle, il disait que l'essentiel de la religion, c'est la charité...

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